Dans mon dernier livre consacré aux Etats-Unis[1] je parlais d’une nouvelle ère politique dans laquelle le pays se trouverait en campagne électorale permanente. Tout le laissait prévoir en particulier les montants colossaux mis à la disposition des partis et des candidats par des groupes économiques intéressés et le désir des médias de profiter de cette manne financière.

Je n’avais évidemment pas prévu le caractère violent de la nouvelle campagne qui a démarré après l’élection de Donald Trump. J’avais expliqué que les interférences de ces campagnes avec la politique intérieure et la politique étrangère seraient très négatives pour le bon fonctionnement de l’Etat américain et les relations internationales. Je n’avais pas prévu qu’elles iraient jusqu’à empêcher totalement le développement de relations normales, en particulier entre les Etats-Unis et la Russie.

La raison principale de ce blocage est la décision du Parti Démocrate d’utiliser les relations américano-russes dans un premier temps comme un écran de fumée destiné à cacher les manipulations de leur parti contre Bernard Sanders, le concurrent d’Hillary Clinton à l’investiture, puis comme une arme pour essayer d’obtenir la destitution du Président Trump sous l’accusation de collusion avec un pays ennemi. L’enquête de Robert Mueller a empoisonné les deux premières années du mandat du Président et elle continue de le faire alors que son rapport ne présente aucune preuve concrète de collusion entre la campagne de Donald Trump et la Russie.

Certains membres de l’administration américaine, du Congrès et leurs soutiens financiers ne veulent pas d’une normalisation des relations entre la Russie et les Etats-Unis. Et le 16 juin, le « New York Times » le porte-voix des opposants les plus durs à Donald Trump publiait un article de deux journalistes, David Sanger et Nicole Perlroth expliquant que les Etats-Unis avaient implanté des « explosifs informatiques » dans les serveurs des réseaux d’électricité russes. Ils justifiaient l’opération par le besoins d’une « défense agressive », la Russie ne « craignant plus » les Etats-Unis. Deuxième révélation de cet article, le Président Trump n’aurait pas été avisé de ces action car on craignait « qu’il ne l’interdise ou qu’il n’en parle à des dirigeants étrangers ».

Dans son émission de radio régulière le « John Batchelor Show », Stephen Cohen[2] explique que cette révélation a surtout pour but de polluer la rencontre prévue à la fin de ce mois entre Vladimir Poutine et Donald Trump en marge de la réunion du G20 au Japon. Il cite d’autres exemples comme l’affaire de l’avion espion américain abattu au-dessus de l’Union Soviétique juste avant une rencontre Eisenhower-Khrouchtchev prévue à Paris en 1960 ou l’attaque contre l’armée syrienne en 2016 qui a fait dérailler un plan de coopération militaire entre la Russie de Vladimir Poutine et les Etats-Unis de Barak Obama.

Mais cette initiative pose également le problème de l’évolution des limites que devraient s’imposer des états comme les USA dans leurs relations internationales. Stephen Cohen pose la question dans le titre de l’émission : « Plonger la Russie dans le noir, est-ce vraiment une bonne idée » ? Et il y a lieu de s’inquiéter quand, dans le même temps, un rapport du Pentagone rappelle que des membres haut placés de l’administration américaine considèrent qu’une guerre nucléaire est « gagnable ».

Aucun président américain ne peut réellement mettre en œuvre une politique de détente avec la Russie sans un soutien minimum à la fois du Parti Républicain et du Parti Démocrate. Il y a donc du souci à se faire pour le futur d’une telle politique sous la présidence de Donald Trump. Que peut faire la France ? Quel impact cela aura-t-il sur les relations franco-russes ?

Une autre question se pose, moins grave mais tout aussi significative, David Sanger et Nicole Perlroth vont-ils subir le sort de Julian Assange ?

Denys Pluvinage


[1] « Elections USA, le spectacle de la démocratie », Denys Pluvinage, Editions Apopsix, Paris octobre 2016

[2] Stephen Cohen est professeur émérite d’histoire et de politique russe à l’Université de New-York et à Princeton