La commission électorale ukrainienne a publié hier, 3 août, les résultats officiels des élections législatives. Le parti du président « Serviteur du Peuple » a reçu 43,16% des suffrages, suivi par le parti d’opposition de MM. Rabinovitch, Boïko et Medvedchuck, « Plateforme pour la Vie », avec 15,05%, puis du parti de l’ex-premier ministre Mme Yulia Timoshenko « Batkovshchina » avec 8,18%, le parti de l’ancien président Pyotr Poroshenko « Solidarité européenne », 8,10% et enfin, le parti du chanteur de rock Svyatoslav Vakarchuk « La voix », 5,82%.

Traduits en nombre de siège, ces résultats donnent :

– « Serviteur du Peuple » : 124 sièges

– « Plateforme pour la Vie » : 37 sièges

– « Batkovshchina » : 24 sièges

– « Solidarité européenne » : 23 sièges

– « La Voix » : 17 sièges

Le parti du président a annoncé qu’il nommerait son chef, Dmytro Razumkov au poste de président de la Rada Suprême (parlement).

Cela signifie que les autres partis, dont le parti d’extrême droite « Svaboda », et ceux que l’on appelle le parti de la guerre, n’ont pas obtenu le minimum de 5% des voix et ne siègeront donc pas au parlement. Cela signifie également que, pour la première fois depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, le président aura une majorité absolue.

Il en aura besoin car maintenant, il va devoir faire face aux groupes paramilitaires qui n’ont pas disparu suite à leur déroute électorale, et aux oligarques qui dominent la politique ukrainienne depuis 1991. Les groupes paramilitaires sur lesquels Piotr Poroshenko s’est appuyé dans le Donbass, sont lourdement armés. Quant aux oligarques, il est peu probable qu’ils cèdent le pouvoir économique et politique qu’ils détiennent.

Vladimir Zelinsky se retrouve donc dans une position par certains côtés comparable à celle de Vladimir Poutine quand il est arrivé au pouvoir en Russie en 2000. Je ne l’imagine cependant pas mettre les oligarques au pas, comme l’a fait le président russe. Il compte évidemment sur l’aide des Etats-Unis et de l’Union Européenne, mais qui vont-ils aider, eux qui sont avant tout intéressés par une Ukraine opposés à la Russie. Son principal soutien, aujourd’hui, serait l’oligarque Vladimir Kolomoïsky, qui a été obligé de céder une partie importante de ses biens en Ukraine et de quitter le pays sous Poroshenko. Mais ce dernier va surtout penser à faire payer ceux dont il estime qu’ils l’ont spolié. Quant à ceux qui l’ont soutenu aux élections, les membres de son parti, que vont-ils faire, une fois venu le moment du vrai combat politique ? Il ne semble pas qu’ils aient eu d’autre programme que la prise du pouvoir.

Zelinsky ne peut pas, même s’il le voulait, se tourner vers la Russie sans déclencher le nouveau « Maïdan » que lui promettent les groupes paramilitaires s’il faisait le moindre pas dans cette direction. L’ancien ministre des affaires étrangères, Pavel Klimkine, qui parle sans doute plus librement depuis qu’il n’a plus de poste officiel, a déclaré récemment qu’à son avis, la majorité de la population ukrainienne allait quitter le pays dans les dix ans qui viennent. Vers la Russie ?