Le G7, est né en 1975 d’une initiative du président français Valéry Giscard d’Estaing. Il avait alors invité au château de Rambouillet les représentants de l’Allemagne, des États-Unis, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni. Le prétexte était de discuter de mesures destinées à faire face à la crise provoquée par la hausse brutale des cours du pétrole. Ces cinq pays représentaient, avec la France, 70% du PIB mondial à l’époque. Satisfaits de la réunion, les participants ont décidé de la renouveler tous les ans et y ont inclus le Canada l’année suivante.

Il ne s’agissait pas d’une nouvelle organisation internationale, le G7 n’a pas d’existence juridique ni d’organisation permanente. Ses décisions ne sont pas contraignantes, mais elles avaient tout de même un poids certain.

En 1977, l’Union Européenne a été invitée à participer, cependant, n’étant pas un état, elle ne fait pas, à proprement parler, partie des membres du G7 qui conserve donc son numéro. Elle est présente tous les ans depuis 1981. En 1998, une Russie renaissante est intégrée au club qui devient donc le G8. Elle accueillera la réunion de 2006 à Saint-Pétersbourg. Elle devait reprendre la présidence du G8 en 2014 et accueillir la réunion à Sochi. Seulement, il y a eu le Maïdan, la révolution ukrainienne organisée par les Etats-Unis et leurs alliés, et la réaction Russe qui a réintégré la Crimée à la Fédération de Russie suite à un référendum d’auto détermination de la population de la région. Une fois la Crimée rattachée, le « gros lot » de la révolution pour les USA, le contrôle quasi total de la Mer Noire et la marginalisation de la Russie s’envolait. Comme l’a dit Donald Trump il y a cinq jours, la Russie avait « roulé » Obama.

Les Etats-Unis ne pouvaient pas ne pas réagir. Ainsi, dans un premier temps, en mars, Barak Obama a utilisé une réunion sur la sécurité nucléaire se tenant à La Haye pour obtenir l’exclusion de la Russie du G8. La réunion du G8 qui devait se tenir plus tard, en Russie, a été remplacée par une réunion du G7 à Bruxelles. Le G8 était redevenu le G7.

Que s’est-il passé depuis 2014 ?

L’alliance occidentale a décrété une série de sanctions contre la Russie et décidé de limiter les contacts de ses organisations internationales (Union Européenne, OTAN, APCE) avec le pays. Cette stratégie a été décrite à plusieurs reprises, la dernière fois par la nouvelle présidente de l’Union Européenne, Ursula von der Leyen, le 18 juillet 2019 : « En agissant en position de force, nous devons garder les sanctions, mais être ouverts au dialogue ». Comme l’explique très clairement le sénateur russe Alexei Pouchkov dans son livre « Le jeu russe sur l’échiquier mondial » qui paraitra en français au mois d’octobre, « la formule « les sanctions et le dialogue » (l’endiguement et le dialogue, dans le cas de l’OTAN) est politiquement intenable, car elle essaie d’associer ce qui n’est pas associable. Elle sert seulement des objectifs de propagande, justifier la ligne dure en la cachant, pour calmer l’opinion publique, sous des considérations à propos de la nécessité du dialogue ».

La déclaration d’Emmanuel Macron sur la nécessité de réintégrer la Russie dans le G7 est dans le droit fil de cette politique. On notera qu’il a fait cette proposition alors qu’il est lui-même le président et l’hôte du G7 à Biarritz. Que ne l’a-t-il mise en œuvre cette année en invitant Vladimir Poutine non pas à Brégançon, mais à Biarritz ? C’est que la proposition de dialogue n’est que propagande. Peu de temps après cette annonce, alors que les médias français avaient accordé la paternité de l’idée à Emmanuel Macron, on apprenait coup sur coup que l’idée, en réalité venait de Donald Trump et ensuite que l’Allemagne et l’Angleterre s’étaient déclarées contre par les voix d’Angela Merkel et Boris Johnson.

Le président américain réitérait la proposition à la télévision quelques jours plus tard. C’est là qu’il faisait ce commentaire peu élogieux pour son prédécesseur.

Pourquoi Donald Trump propose-t-il de réintégrer la Russie ?

Parce que, loin d’affaiblir la Russie, la politique de l’Alliance occidentale a poussé Vladimir Poutine à développer d’autres contacts internationaux et à se tourner vers d’autres organisations, comme l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), les BRICS et le G20.

Les pays du G7 n’ont plus l’importance qu’ils avaient en 1970. A ce moment, ils représentaient, nous l’avons vu, 70% du PIB mondial. En 1992, ce chiffre était déjà tombé à 46%. En 2015/2016, le PIB des BRICS, en parité de pouvoir d’achat a dépassé celui du G7. Depuis 2009/2010, les BRICS ont également dépassé le G7 dans le domaine des investissements mondiaux.

Et surtout, le G20 a pris plus d’importance. Les nouveaux centres de pouvoir économique, comme la Chine et l’Inde en sont membres. Un des rôles importants du G7 à son origine était de gérer la fin des accords de Breton-Woods, suite à la décision de Richard Nixon, en 1971, d’annuler la convertibilité du dollar en or. Mais aujourd’hui la plupart des pays du monde cherchent à éviter les transactions en dollars à cause du risque de sanctions américaines. Ils ont donc besoin de s’exprimer sur un nouveau forum qui ne soit pas sous le contrôle américain.

Le G20 a été créé en 1999 afin d’essayer de gérer les différentes crises qui avaient frappé le monde pendant les années 90, et de favoriser les contacts avec les économies émergentes non représentées au G7. Il regroupe 19 pays plus l’Union Européenne et représentait, à sa création, 90% du PIB mondial, le deux tiers de la population et 85% du commerce. Concentré au départ sur les problèmes financiers du monde, il a pris une nouvelle importance le 15 novembre 2008 quand, pour la première fois, ce sont les chefs d’état qui se sont réunis.

Surtout, le G20 est la concrétisation du glissement du centre du monde, du milieu de l’océan Atlantique à l’Asie. Au moment où Donald Trump s’est lancé dans une guerre économique tous azimuts contre les nouvelles puissances du monde et en particulier contre la Chine, il a besoin de nouveaux alliés plus solides que sa cour occidentale habituelle. C’est pourquoi il aimerait attirer la Russie dans le G7, pensant l’éloigner ainsi de la Chine. On retrouve là la vieille politique prônée par Henri Kissinger sous l’administration Nixon, de jouer la Russie contre la Chine et réciproquement. Seulement, ces deux pays se sont maintenant rapprochés fortement et se considèrent mutuellement comme des alliés stratégiques. La coopération s’exprime dans de nombreux domaines, non seulement économiques, mais aussi politiques et militaires. La manœuvre grossière de Donald Trump ne fonctionnera évidemment pas. La politique à courte vue de la « position de force » évoquée plus haut a provoqué, en Russie, une réaction du type « nous sommes toujours ouverts à la discussion » tout aussi conventionnelle. « Vous faites semblant de vouloir négocier et nous faisons semblant de vous croire ». L’Alliance occidentale enfermée dans son arrogant complexe de supériorité ne voit pas l’ironie de ce propos, mais, ceux qui savent observer ont déjà compris que Vladimir Poutine ne reviendrait pas dans le G7.

Etant donnée l’hostilité permanente des Etats-Unis et de leurs alliés vis à vis de la Russie, il est inconcevable que Vladimir Poutine se détourne de Pékin pour un hochet tendu par Donald Trump. L’un des traits remarquables de son caractère est sa loyauté envers ses amis et envers les intérêts de son pays. D’autre part, la façon dont l’Alliance occidentale a tiré profit de la faiblesse de la Russie dans les années 90 dans différents domaines et en particulier en élargissant l’OTAN jusqu’aux frontières russes a déclenché chez lui une méfiance profonde vis à vis de l’Occident.

Le G7 a donc de bonnes chances de demeurer ce qu’il est depuis un certain nombre d’années déjà, le club des amis résiduels des USA.