Dimanche, le président ukrainien était dans le sud-est du pays où il a rencontré des représentants de mouvements nationalistes opposés à l’application des accords de Minsk. Apparemment sans résultats concrets. Au contraire. Le leader des nationalistes et fondateur du bataillon Azov, Andrei Biletsky a posté une vidéo sur YouTube dimanche dans laquelle il explique que « si on essayait de chasser les nationalistes installés dans la région, des dizaines de milliers d’autres prendraient leur place ». Ces militants s’opposent au départ des troupes ukrainiennes de la région de Zolotoye, une évacuation prévue dans l’application des accords de Minsk.

C’est ce même Biletsky qui a menacé Zelinsky d’un « nouveau Maïdan » s’il s’entêtait à appliquer les accords de Minsk. Il lui a lancé la semaine dernière un ultimatum de dix jours. Le président ukrainien est donc pris en tenaille par les membres du « format Normandie » (France, Allemagne, Russie) d’une part, et les nationalistes dont certains sont ouvertement des nostalgiques du nazisme. Des analystes, spécialistes de l’Ukraine, pensent que le pouvoir dans ce pays n’est pas au parlement (la Rada) mais encore dans la rue. Et dans la rue se trouvent des nationalistes violents, décidés et surtout armés. Ils ont été armés par les soutiens étrangers du coup d’état de 2014 et ont maintenant l’entrainement au combat.

Parallèlement à cela, la justice ukrainienne a lancé un certain nombre d’enquêtes criminelles contre des représentants de l’ancienne direction du pays. Plus de onze d’entre elles visent directement l’ancien président Petro Porochenko, mais d’autres visent également Andrei Parubii, fondateur du Parti social-nationaliste d’Ukraine et Alexandre Turchinov ancien président de la Rada, de février à novembre 2014 et ce ne sont pas les seuls. Il semblerait que les soutiens du président et, en particulier l’oligarque Igor Kolomoïskii, se soient lancés à l’assaut de Porochenko et de ses « associés ». S’il ne veut pas finir ses jours en prison, Porochenko a donc le choix entre essayer de renverser Zelinsky ou fuir à l’étranger.

Zelinsky, de son côté bénéficie encore du soutien populaire, quoi que sa cote de popularité soit passée de 73% à 66% depuis son élection. Il est également le représentant de la légalité et commandant en chef de l’armée. Il est soutenu par Igor Kolomoïsky et ses réseaux à l’étranger, mais les nationalistes armés risquent de ne pas se laisser impressionner. Va-t-on vers un affrontement violent ?

Pour le moment, le président ukrainien essaye de calmer les nationalistes, d’où son voyage dans le sud-est du pays. Il ne semble pas devoir y parvenir, au moins sans aide extérieure. Mais c’est justement d’aide extérieure que l’Ukraine a besoin et en particulier, à l’entrée de l’hiver, de charbon du Donbass et de gaz russe. Tout ceci ne laisse pas présager une réunion très prochaine du « Format Normandie ».