L’agence TASS annonce ce matin l’arrivée prochaine du nouvel ambassadeur de France en Russie, Pierre Lévy. Sa nomination a été confirmée en conseil des Ministres la semaine dernière. Diplomate de carrière, formé à l’ENA, il remplacera Sylvie Bermann qui prend sa retraite.

Tout le monde se demande, évidemment, ce que cette nomination va changer dans les relations franco-russes. Dans un article du 30 août 2019 pour « L’Opinion », Jean-Dominique Merchet revenait sur la conférence des ambassadeurs, dans laquelle Emmanuel Macron avait prôné, trois jours auparavant, une « stratégie de l’audace » diplomatique, indispensable à ses yeux pour éviter l’effacement de l’Europe face à la prééminence de la Chine et des Etats-Unis. Le chef de l’Etat avait particulièrement insisté sur un nécessaire rapprochement entre l’Union européenne et son voisin russe.
« Pousser la Russie loin de l’Europe serait une profonde erreur ». « La vocation de la Russie n’est pas d’être un allié minoritaire de la Chine. »

C’est sans doute dans ce sens qu’il faut considérer la nomination du russophone Pierre Lévy, ancien ambassadeur de France en République tchèque (de janvier 2010 à juillet 2013) puis en Pologne (d’août 2016 à janvier 2020).

Le président a utilisé à plusieurs reprises l’expression d’« Etat profond » pour parler de ceux qui, au ministère des Affaires étrangères, s’opposaient à la politique de rapprochement avec la Russie. Il est connu que la relation avec la Russie est la principale ligne de clivage de la politique étrangère française. Pour Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe, cité dans l’article de « L’Opinion », il existerait une opposition larvée entre l’Elysée et le quai d’Orsay sur ce sujet : « L’immense majorité de son administration est hostile à une ouverture à la Russie. Beaucoup de gens au Quai d’Orsay, dans l’entourage du ministre des Affaires étrangères ou parmi les civils en poste à la Défense, n’en veulent tout simplement pas ».

Il ne devrait pas y avoir d’opposition frontale à la politique de rapprochement voulue par Emmanuel Macron. Cependant, certains diplomates français, espèrent que Vladimir Poutine refusera la main tendue par le président français. Ils pensent (ou espèrent ?) que ce rapprochement échouera comme avait échoué la tentative de « reset » de Barack Obama. Cet échec est analysé en détail dans l’excellent livre du sénateur russe Alexei Pouchkov, préfacé par Jean-Pierre Chevènement : « Le jeu russe sur l’échiquier global ». La raison principale de l’échec est l’hostilité profonde de l’OTAN et des administrations américaines et britanniques à l’égard de Moscou. L’élargissement de l’Union Européenne et de l’OTAN vers l’Est a évidemment joué un rôle également.

Les progrès actuels sur le dossier ukrainien devraient renforcer les liens que tente de tisser Emmanuel Macron. Gageons que Pierre Lévy y participera.

En revanche, les relations entre la Russie et les Etats-Unis ne devraient pas s’améliorer de façon importante avec l’arrivée du nouvel ambassadeur nommé par Donald Trump. Le maintenant ex-secrétaire d’Etat adjoint, John Sullivan, arrivera à Moscou dans les prochains jours également. Lors de son audition devant le Sénat, il s’est engagé à suivre une ligne dure vis-à-vis de la Russie à qui il reproche la réunification de la Crimée et les ingérences dans les élections de 2016, appelant à une réponse « énergique » (« robust ») à l’intrusion de Moscou dans la « démocratie américaine ». On notera tout de même qu’une position moins ferme aurait mis en péril sa confirmation par un Sénat extrêmement russophobe… L’ambassade du Royaume Uni va aussi changer de patron, avec l’arrivée de Deborah Bronnert qui remplace Laurie Bristow.