On connaît le lien ancestral qu’a entretenu la gastronomie avec la diplomatie, en témoignent, exemple parmi tant d’autres, les fastes déployés lors de la rencontre du camp du Drap d’or entre le roi François Ier et Henri VIII d’Angleterre du 7 au 24 juin 1520, à Balinghem près de Calais.

Au roi Louis XVIII qui venait de le nommer ambassadeur à Londres, et qui s’était enquis de ce dont il avait besoin pour accomplir dignement sa mission, Chateaubriant répondît – Sire pourvoyez moi d’un bon cuisinier. Ce qui nous a valu, selon la légende l’invention du « chateaubriand ».

C’est aussi dans cet esprit qu’il convient de parcourir le pittoresque et savoureux ouvrage de Nicolas de la Bretèche, qui relate le parcours exceptionnel de Pierre Cubat, maître ès cuisine de trois tsars, Alexandre II, Alexandre III et Nicolas II. Il avait fait montre de ses talents culinaires, en étant l’un de ceux qui prépara, à l’été 1867, lors de l’Exposition universelle, à Paris au Café Anglais, le Dîner des Trois empereurs et de leur entourage, Alexandre II et son héritier, le roi de Prusse, Guillaume Ier, venu avec son chancelier Otton von Bismarck, et Napoléon III. Symbolique, que cette rencontre des dirigeants de ces trois grands pays continentaux sur les épaules desquels reposa l’ordre européen…

Cette expérience fut, pour Pierre Cubat, déterminante et le conduisit quelques années plus tard aux bords de la Neva, où après s’être mis au service du prince Bariatinski, il fut sélectionné, au terme d’une âpre compétition, comme chef de cuisine au palais impérial, dont les locaux sont pourvus d’un gril à rôtir en or qui date de la grande Catherine.

Pierre Cubat, suivi les empereurs successifs à Tsarskoïe Selo, devenue résidence impériale permanente en 1905, en Crimée au palais impérial de Livadia reconstruit par Nicolas II en 1911 et qui fut octroyé au président Roosevelt, lors de la conférence de Yalta de février 1945. Aussi Pierre Cubat fut-il associé à la grande période de l’alliance franco-russe des années 1892-1914, date de son retour en France. Cette époque mythique est relatée au travers des somptueux menus, des habits d’apparat, des châteaux, des célébrations, comme des inaugurations, lorsque le 7 octobre, 1896, Nicolas II et la tsarine Alexandra Feodorovna, se rendirent à Paris pour poser la première pierre du pont Alexandre III.

Au moment, où l’on perçoit les timides frémissements d’un nouveau rapprochement franco-russe, le livre de Nicolas de la Bretèche, mi nostalgique, qui caresse nos papilles et éveille notre esprit, est aussi un signe d’espoir pour l’avenir.

Eugène Berg*« La fabuleuse ascension de Pierre Cubat à la cour des Empereurs russes », par Nicolas de la Bretèche, Macha, éditions 2019, 168 pages 24cm sur 29 cm.