Après plus de six heures de négociations tendues, y compris entre les deux présidents, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan ont annoncé un accord portant sur les cinq points suivants :

– un cessez-le-feu est instauré à partir de 00 heure le vendredi 6 mars

– la Russie et la Turquie vont mener des patrouilles communes le long de l’autoroute M4, axe routier qui traverse la région. Une zone tampon de six kilomètres de part et d’autre de cette autoroute doit être créée avant le 15 mars

– Russie et Turquie ont réaffirmé leur engagement à défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie

– les deux parties se sont engagées à créer les conditions d’un retour des réfugiés

– enfin les deux parties ont affirmé qu’il n’y avait aucune solution militaire possible à ce conflit.

Derrière le langage diplomatique, cette réunion et le communiqué final marquent bien l’échec de la « guerre éclair » tentée par le président Turc. Erdogan s’était tourné ces derniers jours vers l’Otan à qui il demandait un support en vertu de l’article 4 de la charte. Il n’avait reçu que des paroles d’encouragement et rien de plus. Il s’était tourné également directement vers les Etats-Unis qui n’ont aucune envie de se retrouver de nouveau dans le piège syrien, surtout en période électorale. Il s’était déjà aliéné le soutien de l’Union Européenne en utilisant les réfugiés comme otages de sa politique.

Il ne lui restait donc plus qu’à faire le voyage de Moscou…

Une fois encore, Vladimir Poutine lui a donné une occasion de sauver la face (voir les cinq points plus haut), mais il faut comprendre que cet accord sous-entend que les positions reprises par l’armée syrienne après l’attaque initiale de la Turquie sont maintenant acquises. Il sous-entend également que la Syrie va continuer, avec l’aide directe de la Russie, à combattre les organisations terroristes présente dans la région d’Idlib quel que soient les noms derrières lesquels al-Nusra et al-Qaeda aient décidé de se cacher, et enfin que Moscou reste plus déterminé que jamais à soutenir le gouvernement légal syrien. Le bombardement d’un bataillon turc en est la preuve flagrante, même si les deux parties ont préféré en accuser l’armée syrienne. Cette réunion ne suffira certainement pas à calmer le président turc, qui doit faire face à une contestation intérieure importante, ce qui laisse présager un soutien militaire renforcé de la Russie à la Syrie et la livraison d’armes plus moderne, en particulier des armes de défense anti-aérienne qui devront également rendre les attaques israéliennes plus difficiles.