Albert Grigoryan est Délégué Général d’Engie en Russie depuis huit ans. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises à Moscou. Il m’a d’ailleurs invité à participer à la soirée annuelle de la société en 2017. J’y ai parlé des différences culturelles entre la France et la Russie et de la gestion d’équipes multiculturelles devant une assistance de collaborateurs russes et français d’Engie.

La suite de la soirée a été consacrée à une dégustation de vins et de fromages russes. Je me souviens encore d’un blanc produit dans la région de Krasnodar qui m’a immédiatement fait penser aux vins blancs suisses que je buvais quand j’habitais Genève. On devait m’apprendre plus tard que le maître de chais était… suisse. J’ai également bu d’excellents rouges venant d’une autre propriété. Quant aux fromages ! Le camembert était aussi bon que le chèvre et tous venaient… de la région de Moscou. On m’a expliqué que pour ce qui est du camembert, le producteur était allé chercher les ferments en Normandie. Vive les sanctions !

Albert est un des quelques personnages multiculturels attachants que j’ai eu la chance de rencontrer au long de mes pérégrinations internationales. Né en Arménie soviétique, il a fait des études supérieures à l’université d’Erevan, puis en France. Il y a travaillé pour Gaz de France où il négociait et gérait les contrats à long terme avec Gazprom, avant qu’on ne l’envoie à Moscou comme Délégué Général d’Engie en 2012.

Il a l’ouverture d’esprit caractéristique de ceux qui ont vécu et travaillé dans de nombreux pays différents. En plus il a traversé la période chaotique de la chute de l’URSS « Ce vécu m’accompagnera toute ma vie et il m’a renforcé psychologiquement ». Il connaît la culture française pour y avoir travaillé une quinzaine d’années et il connaît la culture russe.

C’est pourquoi ses conseils sur la meilleure façon de faire des affaires en Russie pour des Français sont si précieux. Il les a évoqués récemment dans un entretien avec Antoine Leygonie-Fialko qui propose sur son site internet des interviews de dirigeants français travaillant en Russie.

Ayant moi-même travaillé en Russie pendant plus de quinze ans, je connais la valeur de ces conseils que je prodigue aux entreprises et que j’ai d’ailleurs repris dans deux livre (La culture russe des affaires et Le siècle Russie).

Première remarque d’Albert Grigoryan en forme d’encouragement, « je pense que travailler avec les partenaires russes ne pose aucun problème ». A certaines conditions évidemment et il continue en insistant sur l’importance d’investir dans les contacts humains, ce qu’il appelle, en référence à la culture française « perdre du temps », mais qui est tout sauf du temps perdu : « Pour s’intégrer en Russie il faut apprendre à perdre du temps, voyager à travers le pays, passer de vrais moments avec les gens, parler de tout et n’importe quoi, à table, autour d’un verre, dans le taxi, à la datcha, au banya ». Ce travail est indispensable dans une culture où les affaires reposent sur une confiance qui ne peut s’établir que dans les relations personnelles. Avant de travailler avec vous, un Russe a besoin de savoir qui vous êtes et de décider s’il peut vous faire confiance. Mais c’est précisément cette confiance qui permettra ensuite de régler les problèmes, dans des discussion franches et ouvertes.

Albert le remarque également, « L’honnêteté permet de créer des relations formidables et en manquer vous fera passer pour un idiot ». Il ajoute que les Russes sont simples et directs et qu’ils attendent de leurs interlocuteurs qu’ils le soient également. On leur a toujours enseigné que : « le chemin le plus court et le plus direct du point A jusqu’au point B, c’est la ligne droite ! À l’inverse, en France, on a tendance à trop compliquer des choses qui sont parfois si simples ».

Je terminerai en lui empruntant la conclusion de l’entretien que je mentionnais plus haut sur l’importance de savoir écouter vraiment son interlocuteur : « Les Russes peuvent nous écouter longtemps pour comprendre jusqu’au bout. Parfois, ils peuvent même nous tendre des pièges pour savoir si nous sommes vraiment sincères et déterminés. Une fois que les Russes ont confiance en notre sincérité et détermination, tout va très vite » !