Le cercle de réflexion interarmées a publié la deuxième partie de son dossier consacré aux dangers que représente la nouvelle doctrine d’emploi du nucléaire américaine, pour l’Europe et la France. Vous pouvez télécharger le texte intégrale en suivant ce lien.

Nous reproduisons ci-dessous le résumé qui en a été fait par le site « Breiz-info ».

Opposée à la bataille nucléaire et à la riposte graduée formalisée par Mac Namara, car portant en germe le risque d’escalade, la France devenue puissance nucléaire, a formalisé la notion d’« ultime avertissement ». Contrairement à l’approche des USA et de l’OTAN, ce refus de toute bataille nucléaire est un invariant du concept français, la seule évolution étant sémantique : tactique-préstratégique-ultime avertissement. La frappe d’ultime avertissement est toujours unique, non renouvelable mais, depuis 1995, elle est « adaptée » quant au choix des cibles retenues par le président de la République.

Or le nouveau concept US intègre d’emblée dans la confrontation militaire une bataille nucléaire de l’avant conçue comme un continuum de l’engagement conventionnel avec l’emploi possible de charges nucléaires de faible puissance sur la ligne de front. Cet engagement provoquerait une riposte russe immédiate et une escalade nucléaire impliquant tous les membres de l’OTAN du fait que les frappes occidentales auraient lieu directement sur le sol russe et non plus comme au temps de la guerre froide sur les territoires des ex-pays satellites du Pacte de Varsovie. La France, comme membre de l’organisation militaire se retrouverait gênée voire empêchée de mettre en œuvre sa propre manœuvre dissuasive et l’ultime avertissement perdrait toute la signification que nous voulons lui donner, puisque, noyé dans un combat nucléaire de l’avant, il ne serait plus « qu’un coup parmi d’autres » qui, eux, nous échapperont complètement.

Non seulement le concept otano-américain est en opposition frontale avec le principe même de la dissuasion française rappelé par le président de la République à l’École de guerre, mais surtout il rend caduque toute possibilité de l’ultime avertissement unique que nous prônons.

Cette contradiction entre notre stratégie nationale et la doctrine nucléaire américaine, se trouve désormais renforcée par le changement de nature du bouclier anti-missile américano-otanien, qui apparaît de facto comme véritablement antirusse.

En effet, cette défense antimissile balistique en Europe (BMDE), lancée en 2009 contre la « menace iranienne », concrétise la volonté des États-Unis et de l’OTAN de rendre possible la création d’un champ de bataille sur les frontières orientales de l’Union européenne, protégé contre toute riposte russe afin de permettre ainsi le « bon déroulement » de la bataille de l’avant, y compris nucléaire.

Dans ce nouveau contexte, l’insertion dans ce bouclier anti-balistique de l’OTAN de certains des moyens français – logique à l’époque (contre la menace iranienne alléguée) pour la protection du territoire national – va désormais changer complètement de nature, puisqu’elle va cautionner ce concept américain du champ de bataille nucléaire de l’avant en participant à sa protection et ce sur la frontière russe !

De purement défensive, notre position ne manquera pas d’apparaître offensive et agressive pour la Russie.

Nous sommes clairement là face à un double empêchement :

– celui d’exercer notre stratégie de dissuasion nucléaire et de mettre en œuvre l’ultime avertissement,
– et celui d’un rapprochement avec la Russie.

Il est donc grand temps pour notre pays de sortir de ce piège.
Le premier pas, même symbolique, serait le refus de laisser l’armée française participer à tout exercice OTAN de ce type, sur les frontières de la Russie.

Mais au-delà, pour frapper les esprits et permettre l’établissement de ce nouvel ordre international que le président de la République appelle de ses vœux en œuvrant pour une plus grande autonomie de l’Europe, faudra-t-il, tout en restant fidèle à nos alliés, en venir à une nouvelle sortie, comme en 1966, de l’organisation militaire intégrée de l’OTAN ?

La France a toujours été un allié fidèle.

Elle a, à travers tous ses gouvernements, continué à affirmer sa liberté d’appréciation et de pensée, mais elle n’a jamais trahi la cause européenne, ni ses alliés, au premier rang desquels les États-Unis, quand la cause était juste.

La France, première puissance militaire d’Europe malgré ses faiblesses (faiblesses numériques en hommes et matériels), est présente sur tous les segments de combat. Possédant des forces intégrables, fréquemment intégrées, fidèles et fiables, présentes et de valeur reconnue sur tous les théâtres d’opérations, elle est la seule puissance européenne dotée d’armes nucléaires indépendantes.

De fait aujourd’hui, la vraie question est de savoir si la France doit poursuivre une politique qui la conduit au bord de la schizophrénie : comment peut-on, à la fois, garder son libre arbitre quant à la manière de défendre ses intérêts vitaux par une stratégie dissuasive s’appuyant notamment sur des forces nucléaires indépendantes, et « en même temps », comme membre de l’organisation militaire intégrée, dépendre des États-Unis seuls maîtres de l’engrenage de la bataille de l’avant vers l’option nucléaire ?

Pour toutes ces raisons, il est de son devoir, d’aucuns diront qu’il est du génie de la France, de savoir dire non à la poursuite de la politique américano-otanienne de provocation et de création artificielle de l’ennemi russe, suicidaire pour l’Europe et pour le monde.

Pour le Cercle de Réflexions Interarmées. Général (2S) François Torrès, Général (2S) Jean-Claude Rodriguez, Général (2S) Jean-Serge Schneider, Général (2S) Grégoire Diamantidis, Général (2S) Marc Allamand, Général (2S) Jean-Pierre Soyard, Contre-Amiral (2S) François Jourdier, Général (2S) Jean-Claude Allard, Général (2S) Christian Renault, Capitaine de Vaisseau (ER) Alexis Beresnikoff, Monsieur Marcel Edouard Jayr.