Pendant que le monde se préoccupe de la pandémie et des émeutes aux Etats-Unis, la situation en Ukraine reste bloquée. Comme l’écrivait Diane Porter sur ce site, récemment : « Après son élection qui avait redonné certains espoirs de solution politique à la crise ukrainienne, il apparaît que Vladimir Zelenski soit absolument incapable de faire avancer la situation dans cette direction. Je lui fais crédit d’un réel désir de pacifier son pays et de préserver son intégrité, mais il est incapable de faire quoi que ce soit pour y parvenir. C’est qu’il a face à lui une opposition néo-nazie extrêmement forte. La victoire éclatante de Zelenski à l’élection présidentielle avait été vue comme une défaite cinglante du mouvement néo-nazi. Mais, même s’il a quitté le pouvoir, ce mouvement est toujours bien présent, fortement armé et résolu. Zelenski n’a pas la volonté ou le pouvoir de lui tenir tête. »

Même si son gouvernement ne peut rien faire, l’Ukraine ne peut pas laisser penser qu’elle se satisfait du statu-quo. Elle doit donc émettre des propositions multiples dont le but évident est de faire trainer les choses, tout en se rappelant au bon souvenir de ses « bienfaiteurs », les Etats-Unis, l’Union Européenne et l’OTAN. Car, l’Ukraine sans la Crimée a perdu beaucoup de son intérêt pour le camp occidental. Camp occidental qui a aussi des problèmes plus pressants à régler.

La réunion du « format Normandie » du décembre 2019 à Paris faisait partie de cette stratégie. Le nouveau président avait déployé une grande énergie pour convaincre les participants, en particulier la Russie, que malgré le peu de progrès faits après la réunion précédente, il y avait lieu de poursuivre les discussions. Mais le 30 avril 2020, une conférence vidéo s’est tenue entre les ministres des affaire étrangères qui n’a pu que constater la non application des décisions de Paris, à l’exception notable, tout de même, d’un échange de prisonniers. Mais rien de neuf en ce qui concerne une trêve sur le terrain. Le Groupe de contact de Minsk continue à se réunir…

Dernière en date des trouvailles ukrainiennes, une idée lancée par le vice-premier ministre Alexei Reznikov : une négociation sur le Donbass avec les Etats-Unis et l’Angleterre, dans le cadre du « Mémorandum de Budapest[1] », mais sans la Russie. Evidemment sans les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, puisque Kiev a déclaré récemment qu’un dialogue direct avec les représentants de ces deux républiques n’était pas possible. Il s’agit donc de négocier la paix, mais pas avec l’adversaire, ni avec l’un des pays voisins concerné. Une recette imparable pour mener des négociations sans fin.

Cela ressemble à de la bonne volonté, ça a le goût de la bonne volonté, mais ce n’est pas de la bonne volonté. C’est le besoin d’inciter les pays occidentaux et en particulier les Etats-Unis à débloquer des crédits supplémentaires. Des crédits qui ne serviront pas, évidemment la population.

L’argent ne viendra pas, ou seulement pour rembourser les dettes de l’Etat ukrainien vis à vis des banques occidentales, en créant de nouvelles dettes auprès d’autres institutions financières internationales. Le mécanisme est bien rôdé. Les dollars ne quittent même plus les Etats-Unis. Ce qui ne fait pas les affaires (au sens propre) des nouveaux dirigeants ukrainiens.

Il ne faut pas compter sur Washington pour dénoncer le stratagème. Les USA, l’OTAN et l’Union Européenne ont intérêt, au moins pour le moment à ce que rien ne bouge. Tout le monde sait que la Russie ne « lâchera » pas les Criméens. Donc un accord général obligerait à reconnaître la défaite de l’OTAN sur ce point. Le flotte US ne mouillera pas au Nord de la Mer noire. De plus, un accord donnerait à un certain nombre de pays européens, l’occasion d’exiger la levée des sanctions contre la Russie, un danger supplémentaire pour l’unité de l’Union Européenne.

La situation va donc rester inchangée, l’Ukraine n’intéresse plus beaucoup de monde en Occident et chacun est occupé à mobiliser des fonds pour sauver sa propre économie. Mais dans le Donbass on bombarde toujours…


[1] L’Ukraine, la Russie, les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont signé, en décembre 1994, le Mémorandum de Budapest. Il prévoyait que l’Ukraine remette à la Russie l’ensemble des armes nucléaires de l’Union Soviétique présentes sur son territoire. En échange, les trois autres pays signataires s’engageaient à défendre la sécurité de l’Ukraine.