Le 29 mai 2020, 21.000 tonnes de produits pétroliers (principalement du gasoil) se sont échappées d’une cuve de stockage de l’usine thermique de la société « Norilsk et Taimyr Energy », une filiale du géant « Norilsk Nickel » (Nornickel), près de Norilsk, dans le nord de la Sibérie. Le gasoil s’est répandu sur une surface estimée à 180.000 mètres carrés, y compris une rivière, causant d’énormes dommages à l’environnement. Le président Vladimir Poutine a déclaré l’état d’urgence dans la région.

Cette fuite est la plus importante qui se soit produite dans l’Arctique russe, beaucoup plus importante que la fuite d’un oléoduc dans la République de Komi en 1997. A l’époque, la Fédération de Russie qui n’était pas encore remise de la disparition de l’URSS, et dont la situation économique et financière était très précaire, avait obtenu un prêt de 90 millions de dollars de la Banque Mondiale pour faire face à la situation.

D’après la société Nornickel, l’origine de la fuite serait la conséquence de la fonte du permafrost sous la cuve de stockage. Mais, comme le fait remarquer le quotidien « Kommersant », la fonte du permafrost est un phénomène bien connu et le journal met en cause le contrôle de l’état de la cuve. Le directeur de l’Institut d’Ecologie de l’Ecole Supérieure d’Economie de Moscou, Boris Morgunov, a déclaré à « Kommersant » : « La cuve de stockage est très vieille et des travaux sont en cours sur le permafrost, donc le contrôle aurait dû être permanent et on se demande s’il a bien été fait. »

Dans un premier temps, la direction de l’usine n’a pas déclaré la fuite qui a été découverte deux jours plus tard, par des messages de pêcheurs locaux sur les réseaux sociaux, d’où les réactions indignées de la presse et de Vladimir Poutine lui-même, lors d’une visioconférence avec le directeur de l’usine retransmise sur les principales chaînes de télévision.

Violemment mis en cause, les responsables de l’usine (l’un d’entre eux a déjà été arrêté dans le cadre de l’enquête) ont déclaré que le nettoyage prendrait de 10 à 14 jours ce qui n’a pas convaincu le ministre des Ressources naturelles, Dimitri Kobylkine qui se demande même si un nettoyage total est possible.

Il y a deux jours, le président et actionnaire principal de Nornickel, Vladimir Potanine s’est rendu sut les lieux avec le ministre des Situations d’urgence. Lors d’une visioconférence avec Vladimir Poutine retransmise par les grandes chaînes de télévision, il s’est engagé à ce que son groupe couvre la totalité des frais de dépollution qu’il a alors évalués à dix milliards de rouble (cent vingt-cinq millions d’euros).

De son côté, la directrice du Service Fédéral de contrôle des Ressources naturelles, Svetlana Radionova a déclaré à « Kommersant » que si l’opération de nettoyage pouvait se faire en deux semaines, le retour à la normale dans la zone contaminée prendrait plusieurs années et le coût serait de plusieurs centaines de milliards de roubles.

A ce jour, l’enquête sur les responsabilités se poursuit. Le procureur général Igor Krasnov a ordonné le contrôle de toutes les sociétés de ce type, situées en zone de permafrost. Les contrôles seront effectués par les procureurs régionaux. D’après « Kommersant », la société « Norilsk et Taimyr Energy » devra certainement payer une amende de plusieurs milliards de roubles.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a offert l’aide des Etats-Unis qui ont une grande expérience de ces travaux de nettoyage. Il en a été remercié par la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova : « C’est un nouveau geste de bonne volonté qui prouve que nous pouvons coopérer de façon positive. Ce genre d’offres doit être mentionné et les remerciements sont de rigueur ». Le département d’Etat américain n’a pas encore répondu à une demande de précisions de l’agence TASS concernant le type d’aide proposé.