Le vote sur la modification de la Constitution russe qui a dû être reporté est maintenant fixé au 1er juillet. Les modifications suggérées par Vladimir Poutine lui-même, plus celles ajoutées par la commission spéciale réunie à cet effet et celles introduites par la Douma et le Sénat lors des différents votes ont donc été entérinées par les élus. Mais, le président l’avait annoncé, il s’agit d’une décision d’une extrême importance pour le pays et la Constitution modifiée ne sera définitivement adoptée que si elle est acceptée par référendum.

Ce sera l’aboutissement d’un processus lancé par le président russe le 15 janvier 2020, lors de son discours annuel devant l’Assemblée fédérale. Quelques 1300 personnes, députés de la Douma d’Etat, sénateurs, représentants des autorités civiles et religieuses avaient assisté à l’événement. La réforme de la Constitution était l’un des trois axes de cette intervention.

Dans son discours, le président russe a rejeté l’idée, parfois soulevée, d’une nouvelle Constitution : « Le potentiel de la Constitution de 1993 n’a pas été épuisé », mais il a suggéré que des modifications pourraient favoriser le développement de la Russie comme Etat de droit, respectueux du bien-être, des droits et des libertés de ses citoyens et de la dignité humaine.

La plupart des commentateurs étrangers n’ont vu dans ces changement qu’une tentative de Vladimir Poutine de se maintenir au pouvoir au-delà de la limite prévue de 2024. C’était, comme souvent une mauvaise interprétation, et les Russes, eux, y ont vu la préparation de son départ à cette date.

Ce départ annoncé a inquiété une majorité de la population, ce qui s’est traduit par des questions posées lors de différentes rencontre entre Vladimir Poutine et des citoyens russes dans plusieurs villes du pays. Nous avons abordé la question dans un article précédent. Le président russe avait alors, par trois fois repoussé l’idée de son maintien au pouvoir sous différentes formes.

Mais le 10 mars, lors d’une nouvelle session de la Douma consacrée aux amendements à la Constitution, deux députés, l’ancien lutteur Alexandre Karéline et la cosmonaute Valentina Terechkova, ont soumis deux amendements imprévus, l’un sur la tenue d’élections législatives anticipées, l’autre sur la levée des restrictions concernant le nombre de mandats présidentiels. Le premier amendement a été repoussé, mais le président ne s’est pas opposé au second, qui prévoit une « remise à zéro » des compteurs à condition que la Cour constitutionnelle ne s’y oppose pas.

Le scénario initial comportait effectivement l’inconvénient d’affecter de plus en plus l’autorité de Vladimir Poutine au fur et à mesure que l’on approcherait de la date ultime. D’autre part, il aurait eu pour conséquence, également, de lancer prématurément une campagne présidentielle qui aurait nuit au projet du président de renforcer la Russie dans les domaines économique, financier et politique. Car comme Vladimir Poutine l’a lui-même fait remarquer, l’organisation politique russe manque encore de maturité, les partis politiques sont « jeunes » et rien ne permet, aujourd’hui, de savoir si un successeur crédible pourrait émerger. Pour Jean-Robert Raviot, directeur du Département d’études slaves à Paris X, et fin connaisseur de la Russie, « L’histoire de la Russie ne plaide pas en faveur d’une transition sans heurts, sans, au minimum, une révolution de palais ou une tentative de renversement, voire de putsch. Le départ de Poutine ouvrira-t-il la voie à un nouveau « Temps des Troubles » ? Beaucoup de Russes le craignent. »

Enfin, on ne peut douter que des influences extérieures auraient cherché à utiliser cette période pour déstabiliser la Russie. Je n’en veux pour preuve que la récente déclaration d’un centre de réflexion rassemblant des sénateurs Républicains américains qui, dans un rapport extrêmement agressif vis à vis de la Russie (de la Chine également, d’ailleurs) suggérait que : « Le Congrès devrait donner instruction au département d’Etat, de préparer une stratégie visant à communiquer des informations directement à la population russe. » (« Renforcement des Etats-Unis et lutte contre les menaces globales », un rapport du « Groupe de travail sur la sécurité nationale et les affaires Etrangères du comité d’étude Républicains », juin 2020, page 40). Le rapport intégral en anglais peut être téléchargé en suivant le lien.

Le nouvel amendement qui laisse à Vladimir Poutine le choix de se retirer ou de se représenter face aux électeurs, permet d’éviter ces écueils.