L’argument des « hackers russes » ayant tout de même beaucoup servi aux Etats-Unis, c’est le Royaume Uni qui a pris le relais des accusations fantaisistes.

Première salve : Dominic Raab, secrétaire aux Affaires étrangères annonce que la Russie a tenté de se mêler des élections générales de 2019 : « It is almost certain that Russian actors… Il est presque certain que des Russes… ». On remarquera au passage que almost certain est tout de même un cran au-dessus de highly likely, un autre cliché dans le domaine des accusations sans preuves.

Donc qu’auraient fait ces Russes malfaisants ? Première étape, ils auraient volé des documents confidentiels concernant un accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le Royaume Uni. Nous savons tous, que partout, les documents confidentiels n’ont pas vocation à le rester, mais enfin… Après donc avoir volé ces documents, ils les auraient publiés sur la plateforme en ligne « Reddit », un réseau américain sur lequel on peut publier des articles et des vidéos qui sont ensuite acceptés ou refusé par le vote des utilisateurs eux-mêmes (le principe d’Agora Vox en France, par exemple). Et, on en revient ensuite aux vieilles accusations utilisées aux Etats-Unis en 2016 déjà : la lecture de ces documents aurait eu une influence sur le vote d’électeurs un peu simplets. On sait depuis longtemps le peu d’estime dans lequel les dirigeants occidentaux tiennent leur « peuple », en voici un nouvel exemple !

Deuxième salve : le Centre National de Cyber-Sécurité britannique « est sûr que le Kremlin est derrière une attaque « méprisable » (si, si, c’est le mot utilisé !) contre l’Université d’Oxford et L’Imperial College qui travaillent à l’élaboration d’un vaccin contre le Covid 19 ». C’est en tout cas ce que prétend Gordon Rayner, l’éditorialiste politique du Telegraph. « Il est entendu que l’université d’Oxford et l’Imperial College de Londre, ont été la cible d’attaques », mais, ajoute-t-il, les services de sécurité ont refusé de dire si ces attaques avaient été couronnées de succès. Oui, c’est plus commode, au cas où ces Russes incrédules demanderaient encore des preuves…

Mais Rayner en a une, de preuve ! Il conclut ainsi son article : « Cette nouvelle vient quelques heures après que la Russie ait annoncé son intention de produire 200 millions d’un vaccin expérimental cette année, ce qui renforce la suspicion que les attaques dirigées contre des laboratoires du monde aient été couronnées de succès ». CQFD !

En réalité, la Russie a annoncé hier avoir terminé la phase 2 d’une première expérimentation sur des volontaires civils et militaires, d’un vaccin créé par le Centre de Recherches Epidémiologique et Microbiologiques Gamalei. Cette expérimentation de nouveaux vaccins a donc commencé avant la date des « cyber-attaques » présumées. Et, au fait, ce n’est pas 200 millions mais 30 à 50 millions de vaccins qui pourraient être produits.

Mais, évidemment, présenté comme cela, c’est beaucoup moins drôle…