Comme nous l’indiquions dans nos « Brèves de Russie 41 », les ministres des affaires Etrangères d’Arménie, Zohrab Mnatsakanyan, et d’Azerbaïdjan, Jeyhun Bayramov, se sont réunis vendredi 9 octobre autour du ministre russe Sergei Lavrov. La réunion avait été organisée suite à des conversations téléphoniques entre le président russe, le président azéri et le premier ministre arménien (le régime arménien est semi-présidentiel).

Après onze heures de négociations, les parties se sont mises d’accord sur les points suivants :

– mise en œuvre d’un cessez-le-feu « humanitaire » le 10 octobre à 12h00 heure de Moscou destiné à favoriser l’échange de prisonniers et des dépouilles des morts

– les dispositions spéciales du cessez-le-feu doivent encore être négociées

– le format des négociations pour le règlement du conflit reste le même, à savoir le « groupe de Minsk de l’OSCE ». Ce groupe comporte un grand nombre de pays, mais il a délégué le pouvoir de négociation aux trois pays co-présidents, la Russie, les Etats-Unis et la France. On notera au passage que la Turquie fait partie du groupe de Minsk.

Le cessez-le-feu n’a pas été totalement respecté ces deux derniers jours, comme c’est malheureusement le cas dans ce genre de situation. Serguei Lavrov l’a constaté dès dimanche, les deux pays protagonistes se rejetant mutuellement la responsabilité comme c’est également malheureusement très souvent le cas.

De son côté, le ministre russe a annoncé avoir parlé à plusieurs reprises à son homologue turc, Mevlut Cavusoglu pour lui signaler que la Russie comptait sur le soutien de la Turquie dans cette affaire. Les autorités turques ont en effet déclaré qu’elles soutiendraient l’Azerbaïdjan aussi bien autour de la table de négociations que sur le terrain. Joignant le geste à la parole, elles ont fourni aux troupes Azéri, entre autres matériels militaires, des drones qui ont déjà fait leurs preuves en Libye, contre le maréchal Haftar, et confirment leur efficacité sur les terrains escarpés où se déroulent les combats aujourd’hui, donnant une nette supériorité aux Azéris. La Turquie poursuit en cela la politique expansionniste voulue par son président Reccep Tayyip Erdogan.

Israël vend également des drones et d’autres matériels militaires. Il s’agit essentiellement de ventes, mais les Israéliens ne sont pas mécontents d’affaiblir l’Arménie, partenaire économique de l’Iran.

De leur côté, les puissances occidentales suivent leur inclination naturelle à chercher à nuire à la Russie, au moins indirectement, sans se rendre compte de la situation réelle.

Le conflit risque de prendre un tour régional puisque l’Iran qui a des frontières communes avec les deux Etats belligérants, commence à menacer après avoir reçu sur son territoire des missiles azéris. On notera qu’il y a plus d’Azéris vivant en Iran qu’en Azerbaïdjan même, mais malgré cela, l’Iran soutient plutôt son voisin et client chrétien que l’Azerbaïdjan musulmane. Il faut dire que la politique néo-ottomane de la Turquie représente un danger pour toute la région y compris l’Iran.

On voit bien que ce conflit, officiellement entre l’Azerbaïdjan et la république (non reconnue) du Nagorno-Karabakh, est, en réalité, quelque chose de beaucoup plus compliqué. Car il faut aussi noter que la Turquie est membre de l’OTAN, alors que l’Arménie est membre de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (en anglais CSTO, – qui comprend, outre l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie et le Tadjikistan). Les possibilités théoriques d’expansion du conflit ont de quoi effrayer. On notera toutefois que le Nagorno-Karabakh ne fait pas partie de l’Arménie qui ne l’a d’ailleurs pas officiellement reconnu, et ne tombe donc pas sous la protection de l’OTSC et que, tout le temps qu’il n’y a pas d’attaques sur le sol turc, l’OTAN n’a pas de raisons de s’en mêler.

La Russie pèse de tout son poids pour calmer ce conflit, tout en comprenant que la situation va longtemps rester difficile à gérer en raison de l’enclave du Haut Karabakh située en Azerbaïdjan certes, mais peuplée par une majorité d’arméniens depuis des siècles.

La sympathie du peuple russe va plutôt à l’Arménie, pays chrétien, mais il réalise que ce pays occupe une part du territoire Azéri conquise en 1994 : la bande de terrain qui sépare le Nagorono-Karabakh de l’Arménie. D’autre part, le premier ministre Nikol Pachinian soutenu par l’Occident et en particulier les USA, et l’Open Foundation de George Soros affiche ouvertement des positions anti-russes.

Il est probable que s’il a accepté la réunion de Moscou, c’est parce que l’armée de Baku a modifié sa stratégie militaire et semble prendre le dessus sur le terrain grâce aux drones. On craint par ailleurs que le Nakhitchevan, autre territoire de conflit ne s’embrase à son tour. En effet cette région peuplée d’Azéris se trouve sous la juridiction de l’Arménie tout comme le Haut Karabakh sous la juridiction Azéri.