Depuis le 27 septembre 2020, les troupes azerbaïdjanaises et arméniennes s’affrontent dans la zone du Haut-Karabagh et ses alentours. D’où vient ce différend qui a surgi au moment de l’écroulement de l’Union soviétique ? Les Arméniens revendiquent, comme leur appartenant historiquement, ce territoire montagneux et, vers la fin de l’ère Gorbatchev, ils ont engagé le combat dans le but d’en assurer la pleine autonomie jusqu’à l’indépendance complète. La population azerbaïdjanaise autochtone a été contrainte de fuir des terres ancestrales et notamment la région de Choucha, un des hauts lieux de la culture azérie. La « République du Haut-Karabagh » n’est reconnue par aucun État, pas même l’Arménie.

Les revendications arméniennes se fondent sur des arguments historiques remontant aux temps les plus anciens.

‣ Au XVIIIe siècle, à la suite de la décomposition de la dynastie persane fondée par Nadir Shah, le Karabagh était devenu en 1748 un khanat, c’est-à-dire une principauté musulmane gouvernée par un khan. Le nom de cette région a pour origine le mot turc kara, noir et bagh, jardin en persan. Toute cette zone s’était alors dépeuplée de ses communautés arméniennes, qui vivaient en Transcaucasie aux côtés d‘autres populations comme aujourd’hui encore en Géorgie.

‣ Désireux d’échapper à l’emprise de l’empire perse, le monarque de l’époque Ibrahim-khan se plaça sous « la main protectrice du tsar », terme consacré, et signa le 14 mai 1805 un traité de protectorat avec la Russie.

‣ Cette situation perdura jusqu’en 1822, date à laquelle ce territoire fut incorporé dans l’empire russe. Entre temps, la Russie avait mis fin à la domination persane dans le Caucase (traité de Gülistan en 1813 et de Turkmanchay en 1828).

‣ C’est à la suite de ces événements que les autorités russes, soucieuses d’accroître le nombre des chrétiens dans ces nouvelles possessions, importèrent du nord de l’Iran des populations arméniennes afin de repeupler le Karabagh et l’ancien khanat d’Erivan dont une partie des habitants avaient été dispersés par les guerres.

‣ C’est pourquoi à l’époque soviétique, les autorités du Haut-Karabagh avaient érigé en 1978 à Mardakert (Agdere en azéri) un monument destiné à commémorer l’arrivée des Arméniens 150 ans auparavant. Ce monument fut démoli en 1988 par les séparatistes arméniens.

‣ En 1917, l’effondrement de l’empire russe fit émerger de nouvelles républiques dans le Caucase du sud, l’Arménie et la Géorgie mais aussi une république démocratique d’Azerbaïdjan, représentée à la conférence de Paris sur la paix, qui obtint pour son pays en janvier 1920 l’attribution du Karabagh, à la grande déception des Arméniens.

‣ Après l’arrivée de l’Armée rouge et la soviétisation de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, le Bureau caucasien (Kavburo) du Comité central du parti communiste bolchévique décida le 5 juillet 1921 de maintenir le Haut-Karabagh au sein de l’Azerbaïdjan et le 7 juillet 1923 fut instaurée la Région autonome du Haut- Karabagh. Ainsi était appliquée la politique des nationalités chère à Lénine et mise en œuvre par Staline. Sous la direction de Bakou, la région fut administrée jusqu’à la fin de 1991, date de l’abolition de son statut, par des responsables politiques d’origine arménienne en raison de la composition majoritaire de sa population. En août 1923, son chef-lieu Khankendi fut rebaptisé Stepanakert, du nom du chef des 26 commissaires bolchéviques de la commune de Bakou, fusillés en septembre 1918 au Turkménistan, occupé alors par un corps expéditionnaire britannique.

‣ En 1988, les séparatistes arméniens commencèrent à manifester afin de demander au pouvoir central le rattachement du Haut-Karabagh à l’Arménie. On peut considérer que cette révolte fut un des déclencheurs de la désintégration de l’Union soviétique dont le président, Mikhaïl Gorbatchev, maîtrisait de moins en moins la situation, que ce soit dans le Caucase ou dans les Républiques baltes. Dès son avènement, l’Azerbaïdjan indépendant devint le théâtre d’un conflit armé meurtrier au cours duquel les séparatistes arméniens consolidèrent leurs positions dans le Haut-Karabagh, se frayèrent un corridor, le couloir de Latchin, pour acheminer des troupes et le matériel nécessaire depuis l’Arménie, occupant ainsi un territoire peuplé d’Azéris et de Kurdes situé entre l’Arménie et le Karabagh. Ils s’emparèrent en 1994 de sept districts azerbaïdjanais situés autour du Haut-Karabagh afin de se créer un périmètre de sécurité, provoquant l’exode de plusieurs centaines de milliers d’habitants devenus des réfugiés dans leur propre pays. Parallèlement, des combats se déroulaient à la frontière de l’Arménie et de la république autonome de Nakhitchevan, toujours demeurée dans le cadre de l’Azerbaïdjan.

‣ Un cessez-le-feu fut finalement signé à Bichkek (Kirghizstan) le 5 mai 1994 entre l’Arménie et les autorités du Haut-Karabagh d’un côté et la république d’Azerbaïdjan de l’autre. Les quatre résolutions adoptées en 1993 par le Conseil de sécurité de l’ONU (822, 853, 874, 884) sont restées lettre morte parce qu’elles n’avaient pas une valeur contraignante. La dernière, adoptée le 12 novembre 1993, réaffirmait l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan et des pays de la région, l’intangibilité des frontières et demandait l’évacuation par l’Arménie des territoires récemment occupés.

‣ Chargé de les faire appliquer et de pousser les protagonistes à trouver une solution acceptable, le groupe de Minsk de l’OSCE, formé à cette époque et composé de 9 membres, sous la coprésidence des États-Unis, de la France et de la Russie, s’est montré depuis bientôt 30 ans dans l’incapacité d’aboutir à la paix, alors que des progrès substantiels avaient été obtenus dans la négociation. D’où la reprise des hostilités et les tentatives des troupes azerbaïdjanaises de recouvrer en particulier les territoires occupés en 1994.

Source Asie 21