Les dirigeants américains ne cessent d’accuser la Chine et la Russie de représenter un danger pour leur pays. Pour ceux qui croient encore que les Etats-Unis sont un pays démocratique, défenseur de la démocratie, l’accusation est complétée par « …et un danger pour la démocratie ».

La plupart du temps, les accusations contre ces deux pays servent essentiellement à justifier un budget militaire délirant, la progression de l’OTAN vers l’est où, dans bien des cas, l’organisation a déjà atteint les frontières de la Fédération de Russie, les déploiements de navires américains dans la Mer de Chine du Sud et l’entretient de plus de sept cent bases militaires américaines dans le monde. La russophobie a également servi, à partir de 2016, de rideau de fumée pour faire oublier les turpitudes du parti Démocrate lors des primaires entre Hillary Clinton et Bernard Sanders.

Pour justifier tout ceci, les centres de « réflexions » occidentaux cherchent à accumuler les preuves de la volonté de la Russie et de la Chine d’envahir militairement leurs voisins.

Pourtant, même les dépenses militaires cumulées des deux pays sont très loin du niveau des dépenses américaines. Quant à leurs stratégies militaires, ce sont essentiellement des stratégies défensives. Mais, encore une fois, les Etats-Unis et l’OTAN ont besoin d’un ennemi pour justifier leur propre agressivité.

Ce dont on ne nous parle pas, c’est de la menace réelle que la Chine et la Russie font peser sur le système néolibéral, du fait de leur seule existence. Et, contrairement à une hypothétique menace militaire, cette menace s’exprime actuellement dans la distance que ces deux pays sont en train de prendre par rapport aux pays occidentaux, qu’il s’agisse des Etats-Unis ou de l’Union Européenne. Evidemment, cette menace tient tout d’abord et essentiellement à la faiblesse d’un système qui a montré ses limites depuis de nombreuses années et qui est maintenant au bord de l’effondrement.

Commençons par la Chine. Comme l’explique clairement le journaliste de l’Asia Times, Pepe Escobar, la « sinophobie » entretenue par Américains et Européens ne peut pas grand-chose contre le modèle de gouvernance efficace de la Chine de Xi Jinping. Le plénum du Comité Central du Parti Communiste Chinois s’est tenu au début de cette semaine. Il doit entériner le plan à cinq ans couvrant la période de 2021 à 2025, de même que la présentation des grands objectifs du pays pour 2035. La stratégie sera celle d’un « double développement » avec un effort en direction du marché intérieur parallèlement au développement du commerce extérieur et des investissements.

Il s’agit de faire face à la crise mondiale qui implique une baisse des importations de produits chinois, en donnant la priorité au marché intérieur. Dans le même temps, il faut inciter les entreprises chinoise à investir plus fortement dans la technologie, les semi-conducteurs, les applications de la 5G, l’internet des objets, les circuits intégrés, la biomédecine, les ordinateurs quantiques, etc. Pékin vise ce que le « Global Times » appelle l’indépendance économique.

La Chine est déjà sur un chemin propre, ne dépendant plus que très peu des apports étrangers. Les sanctions américaines visant « Huawei » et les fabricants chinois de semi-conducteurs n’ont fait qu’accélérer le mouvement.

Les dirigeants chinois cherchent à éliminer toute dépendance de leur pays envers les pays occidentaux. D’après les calculs faits en Chine, l’économie du pays représente aujourd’hui à peu près 72% de celle des Etats-Unis. Elle devrait dépasser celle de l’Union Européenne en 2027 et celle des Etats-Unis en 2032. Mais si on fait les calculs en parité de pouvoir d’achat, selon le Fond Monétaire International, l’économie chinoise est déjà la plus importante du monde.

La Chine étudie de près les convergences entre la physique quantique et les sciences de l’information sur le chemin de la Quatrième Révolution Industrielle « Made in China » et « Huawei » est un acteur majeur dans ce domaine. La société fournit le support technique, les plateformes et l’infrastructure matérielle nécessaires à ce développement.

D’ailleurs, le grand capital, de l’Est et de l’Ouest suit cette voie également, une voie qui recouvre les principaux nœuds des Nouvelles Routes de la Soie. C’est une des raisons pour lesquelles l’Allemagne est réticente à s’associer aux sanctions politiques américaines. Les capitaux internationaux ont commencé leur mouvement vers l’Asie du Sud-Est.

Que représente aujourd’hui l’idéologie néolibérale, face au « socialisme à la chinoise » ? L’énorme échec du système néolibéral face à la pandémie est maintenant évident dans tout l’Occident. Quant à l’élection présidentielle américaine, elle marque l’échec de la démocratie libérale occidentale. Tout ceci au moment où le « Parti Communiste Chinois », tellement diabolisé, produit un plan à cinq ans, alors que les « démocraties » occidentales peinent à planifier le jour d’après !

Et que se passe-t-il, pendant ce temps chez le « partenaire stratégique » de la Chine, la Russie ?

Deux interventions au Club de Discussion de Valdaï en apportent une intéressante description. Dans la première intervention, le ministre russe des affaires Etrangères, Serguei Lavrov explique que dans l’ambiance actuelle et étant donnés les comportements de Mme. Merkel et les discours de Mme Von der Leyen, il convenait pour la Russie de cesser les contacts avec l’Union Européenne.

Dans la seconde, le président russe insistait sur l’importance « d’abandonner les pratiques de consommation incontrôlée et illimitée en faveur d’une suffisance raisonnable et judicieuse, lorsque l’on ne vit pas seulement pour aujourd’hui, mais en pensant à demain ». Vladimir Poutine a également expliqué l’importance de l’Etat : « L’Etat est un élément essentiel… on ne peut rien faire sans le soutien de l’Etat ».

Pour le président russe, il n’existe pas de système unique et rigide, ni l’économie de marché, ni l’économie dirigée. Il faut se garder d’appliquer systématiquement les règle d’un modèle donné. L’important est de déterminer de la meilleure façon possible le niveau d’intervention de l’Etat dans l’économie. Pour Vladimir Poutine la façon pratique de réguler l’intervention de l’Etat est « une forme d’art ».

Le système russe implique, pour le moment, des programmes sociaux de grande envergure et de très gros « projets nationaux ». Les pays Occidentaux feignent de ne pas réaliser, que le pragmatisme économique de la direction russe, pourrait hisser l’économie du pays au cinquième rang mondial devant l’Allemagne.

La Chine, comme la Russie, offrent donc au monde et en particulier aux pays du Sud, une alternative idéologique radicale au dogme néolibéral américain. Tout ceci est insupportable pour le complexe militaro-financier américain, et donc, quel que soit le résultat du vote qui s’est terminé officiellement hier, les relations entre le « Leader du monde libre » et le deux Entités Souveraines ne devraient pas s’améliorer.