En fin de semaine dernière, Josep Borrell, le Haut représentant de l’Union Européenne pour les affaires étrangères arrivait à Moscou pour des entretiens avec Serguei Lavrov. Après l’agitation de « l’affaire Navalny » et les prises de position violentes des pays occidentaux, le ministère russe des Affaires étrangères jugeait bon de préciser que cette visite était « prévue de longue date ».

Maria Zakharova précisait aussi que tous ces sujets, « les remarques déplacées, les pseudo-évaluations et les distorsions de la vérité seraient discutés le lendemain entre les deux hommes. L’Occident mène une campagne coordonnée d’information contre la Russie, mais d’ailleurs, pas uniquement la Russie. Ils s’en prennent à tous ceux qui pourraient être des concurrents, ou sont en avance sur eux dans un domaine ou l’autre. » Le bal est mené par les Etats-Unis, mais l’Angleterre, l’Allemagne et la France y jouent un rôle également.

Voilà une entrée en matière dont la fermeté n’était pas habituelle, et qui marque bien le changement d’attitude de Moscou vis à vis de l’Occident.

La porte-parole du ministère des Affaires étrangère ajoutait, pour faire bonne mesure : « Il semblerait que les dirigeants occidentaux refusent de voir ce qui se passe dans leur pays, et ce qui s’est passé aux Etats-Unis. Ils cherchent à détourner l’attention de leurs problèmes sur leur vision de la Russie. L’agressivité vis à vis de la Russie n’aidera pas les pays occidentaux à régler leurs problèmes intérieurs ».

Après une telle déclaration et les réactions des pays occidentaux à « l’affaire Navalny », on s’attendait à une conférence de presse tendue à la fin des discussions.

Au lieu de cela, le représentant de l’Union Européenne déclarait qu’il avait eu « une discussion franche et ouverte » sur les sujets du jour, allant de la coopération dans le domaine sanitaire, le changement climatique et les différences de point de vue sur l’Iran et l’affaire Navalny.

Le lendemain de son retour, dimanche 8 février, Josep Borrell publiait sur son blog une réaction très différente de ce qu’il avait dit à Moscou. « Les autorités russes n’ont pas voulu saisir cette chance d’avoir des discussions plus productives avec l’Union Européenne. C’est regrettable et nous allons devoir en tirer les conséquences. (…) Par moments, ma discussion avec mon interlocuteur russe a atteint des sommets de tension, comme quand j’ai demandé la libération immédiate et sans conditions d’Alexei Navlny, de même qu’une enquête détaillée et impartiale sur sa tentative d’assassinat. (…) Ma réunion avec le ministre Lavrov a montré que la Russie et l’Union Européenne s’éloignent progressivement l’un de l’autre. On dirait que la Russie se détache progressivement de l’Europe ». Un tout autre son de cloche !

Commentaire du ministère russe des Affaires étrangères : « Nous sommes surpris par l’évaluation que Josep Borrell a fait de sa visite en Russie, car elle ne correspond pas à ce qu’il a déclaré lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion. »

Commentaire du ministre russe : « L’Union Européenne n’est pas digne de confiance ».

Commentaires des journalistes russes : « Quelqu’un a expliqué à Borrell ce qu’il devait dire, à son retour à Bruxelles ».

Les pays Baltes et la Pologne, quant à eux, ont déjà demandé la démission de Josep Borrell.