Notre amie, Karine Bechet-Golovko (Russie politics), que je remercie au passage pour les commentaires toujours très pertinents qu’elle nous permet de publier sur notre site, nous livre à nouveau sa position sur la situation en Ukraine. Cette situation est l’œuvre des Etats-Unis qui ont, de l’aveu même de Victoria Nuland du département d’Etat américain, dépensé 5 milliards de dollars (l’addition doit être plus élevée, maintenant) pour « promouvoir la démocratie en Ukraine ». Il s’agissait en fait de planter une écharde dans le flanc de la Fédération de Russie. Objectif atteint ! Pas question de renoncer après un tel effort. On pousse donc le président ukrainien à tout mettre en œuvre pour éviter que la paix ne soit signée entre Kiev et les représentant du Donbass. La France et l’Allemagne se prêtent à ce jeu (ont-elles le choix ?). DP

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Les accords de Minsk sont mort-nés, leur intérêt principal étant diplomatique. L’Ukraine vient donc de présenter sa vision de leur aménagement, qui somme toute est assez simple : une capitulation totale du Donbass. N’ayant pu prendre le risque d’une véritable opération militaire dans le Donbass en raison de la fermeté de la Russie, Kiev veut gagner politiquement le combat qu’il a déjà militairement – et humainement – perdu. Ici aussi, cela va dépendre de la Russie, dernier rempart entre la barbarie et la population du Donbass.

Depuis environ une année, des propositions d’aménagement de la feuille de route des accords de Minsk se négocient entre les parties. Paris et Berlin ont ouvert la voie de cet aménagement et des négociations en novembre 2020, puis le 8 février de cette année. L’Ukraine et la Russie avaient envoyé leur correction de la version franco-allemande (le 16 février pour la Russie). La Russie était donc entrée dans le processus de négociation, ce qui a ouvert la voie à Kiev pour forcer le discours. Et l‘Ukraine vient de dévoiler « sa » nouvelle vision des accords de Minsk, vision qui n’a finalement rien à voir avec une carte de paix et qui est sensiblement différente de ce qu’elle avait antérieurement proposé – dans le sens de la radicalisation. Quelques points sont, en ce sens, notables.

Tout d’abord, la question du contrôle de la frontière extérieure du Donbass avec la Russie. Dans les accords de Minsk, l’Ukraine reprenait le contrôle de cette frontière perdu en 2014 en raison du conflit provoqué suite au Maïdan, uniquement après que des élections locales aient été organisées en accord avec Kiev. Désormais, Kiev exige un contrôle préalable de la frontière à l’organisation des élections. Cela remet totalement en cause et la sécurité des citoyens du Donbass, et la sincérité du vote – si alors il aura lieu.

Ensuite, la question de la réforme constitutionnelle. Selon les accords de Minsk, Kiev doit, en accord avec les représentants du Donbass, réformer la constitution ukrainienne pour y fixer l’autonomie de ces régions de Donetsk et Lougansk au sein de l’Etat ukrainien dans une forme avancée de décentralisation. Or, l’Ukraine refuse toute négociation sur le contenu de la réforme constitutionnelle avec les représentants de Donetsk et Lougansk, estimant qu’elle est simplement obligée de les consulter sur leurs spécificités et non pas de les intégrer dans le processus de réforme constitutionnelle. En cela, c’est le but même d’un processus de paix, à savoir la recherche d’un accord commun, qui est froidement bafoué.

Dès lors déjà, la proposition ukrainienne n’a plus aucun sens, si l’on cherche la paix. Mais Kiev va encore plus loin et touche à la provocation avec la question de la police locale, question Ô combien vitale pour la sécurité des habitants, puisqu’ils sont considérés en bloc comme des terroristes par les autorités ukrainiennes. Selon les accords de Minsk, une police locale est mise en place pour garantir l’ordre public sur ces territoires par les organes locaux représentatifs élus. Mais l’Ukraine demande à ce qu’avant les élections locales, la Garde civile ukrainienne prenne en charge l’ordre public dans ces régions, avec la participation de citoyens locaux. Cette police locale ne pouvant être instituée, que lorsque les organes représentatifs auront été mis en place par Kiev. La logique initiale est totalement bafouée et la sécurité des populations locales est fortement remise en cause.

Finalement, l’Ukraine exige la capitulation du Donbass. Kiev veut reprendre le contrôle de la frontière et des territoires, niant le conflit, ses racines et les conséquences de toutes ces années de guerre, niant le sang versé dans le Donbass, et ces enfants nés depuis 2014, qui peuvent avoir déjà 7 ans et n’avoir jamais connu la paix, qui ne voient pas en Kiev la capitale de leur pays, mais l’ennemi qui les attaque, qui tue leurs parents, qui a volé leur vie. Ce plan a certainement été soufflé à l’Ukraine par ses mentors, qui ne sont en rien intéressés par une pacification réelle de la région.