– Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Ryabkov, a annoncé, samedi 12 mars, sur la Première chaîne de télévision russe, que la Russie avait remis la veille à l’ambassade des Etats-Unis, une note indiquant qu’une procédure pénale serait ouverte contre la société américaine Meta en vertu de l’article 280 du code pénal russe (« Appels publics à des activités extrémistes »). Le Bureau du Procureur général a envoyé des documents au Comité d’enquête de la Fédération de Russie pour traiter la question des poursuites pénales.

– L’annonce de préparatifs, voire de décisions, de certains investisseurs étrangers de suspendre ou d’interrompre leurs activités en Russie suscitent des inquiétudes quant au sort des Russes qui travaillent dans des entreprises locales. Selon le premier vice-premier ministre Andrey Belousov, si un investisseur étranger choisit l’option la plus difficile, à savoir quitter complètement le marché russe, cela sera considéré comme une faillite volontaire, et le gouvernement interviendra dans cette affaire, écrit Nezavisimaya Gazeta. Dans le cas où une société cesserait complètement ses opérations en Russie, en fermant la fabrication et en licenciant le personnel, Andrey Belousov précise sur le site du gouvernement russe : « Nous considérerons qu’il s’agit d’une faillite délibérée. Dans ce cas, nous agirons par le biais d’une procédure de faillite accélérée ».

– Le ministère russe de l’industrie et du commerce a conseillé aux entreprises d’engrais russes d’interrompre leurs exportations. Cette recommandation sera en vigueur jusqu’à ce que les transporteurs reprennent leurs activités et fournissent des garanties d’approvisionnement. Selon les experts interrogés par le quotidien « Vedomosti », les producteurs russes (Uralchem, Uralkali, PhosAgro, Eurochem et Acron) suivront les instructions du ministère dans la situation actuelle. Cette mesure sera temporaire, car le marché russe ne représente qu’un cinquième des engrais produits en Russie. Mais selon Elena Sakhnova, analyste chez VTB Capital, « La suspension des exportations aura un impact sur tous les marchés clés, notamment l’Europe, l’Asie et l’Amérique latine. L’industrie des engrais est mondiale et donc toute perturbation de l’approvisionnement, même dans une seule région, entraînera certainement des hausses de prix dans le monde entier ». Selon Elena Sakhnova, la Russie occupe la première place pour les exportations d’engrais azotés et la troisième pour les exportations de potasse.

– Les États-Unis ont déclaré un embargo sur les achats de pétrole et de produits pétroliers russes. La Grande-Bretagne prévoit d’arrêter d’importer du pétrole russe d’ici la fin de l’année. Les sociétés anglaises Shell et BP, ont annoncé leur intention de ne plus acheter de pétrole russe et de diminuer progressivement leurs achats de gaz. Selon le quotidien « Kommersant », les livraisons de pétrole à ces pays représentent moins de 14 % des exportations russes de pétrole et de produits pétroliers. Selon Anna Lishnevetskaya, de Petromarket, la fermeture par Shell de ses stations-service n’aura guère de conséquences perceptibles sur le marché de détail russe. La majorité d’entre elles se trouvent dans la région de Moscou et même là, leur part dans les ventes totales de carburant est d’environ 5 %. Ces volumes, ajoute-t-elle seront facilement remplacés par de grands concurrents russes et, une hausse des prix n’est pas attendue, d’autant que le régulateur contrôle les prix du carburant.

– On notera que les Etats-Unis ont modifié le texte initial de leur projet d’embargo afin qu’il ne vise plus les achats américains d’uranium enrichi en provenance de Russie.

– Après que les États-Unis ont annoncé leur décision de cesser d’importer du carburant de Russie, Josep Borrell, a déclaré que l’Europe ne se joindrait pas à l’embargo. Le chancelier allemand Olaf Scholz, de son côté a déclaré qu’il n’était pas possible de garantir la sécurité énergétique de l’Europe sans les approvisionnements russes pour le moment. Le vice-premier ministre russe, Alexander Novak, questionné par le quotidien « Izvestia » a déclaré que si les livraisons russes étaient rejetées, les prix du pétrole pourraient s’envoler pour atteindre 300 dollars le baril. Il a également souligné que Moscou se réserve le droit d’arrêter Nord Stream 1. Selon les experts interrogés par le quotidien, cela aurait un effet dévastateur sur l’industrie européenne.

– Le quotidien d’affaires « Vedomosti » s’interrogeait dans son édition du 9 mars, sur l’impact que pourrait avoir le départ de sociétés étrangères, sur le marché de l’emploi en Russie. Selon Vladimir Klimanov, de RANEPA, environ 250 organisations ont annoncé qu’elles arrêtaient ou suspendaient leurs activités en Russie. Il est difficile d’estimer le nombre d’employés touchés, mais il est probable qu’il y ait environ 200 000 à 300 000 travailleurs dans la zone à risque. Bien que ce chiffre soit assez élevé, l’expert note qu’il représente un peu plus de 6 % du nombre total de chômeurs officiellement enregistrés au plus fort de la crise du coronavirus. En outre, le choc pourrait être atténué par le remplacement des entreprises occidentales par des entreprises russes. En cas de nationalisation, de nombreuses usines qui ne nécessitent pas une expertise très pointue, comme dans le domaine des produits alimentaires, ne cesseront pas leurs activités, mais poursuivront la production sous une autre marque, ajoute l’expert. Il en va de même de la restauration rapide.

– Près de 200 grandes entreprises étrangères ont annoncé qu’elles suspendaient leurs activités en Russie ou quittaient le pays. Selon Yaroslav Kabakov, de Finam, interrogé par le quotidien « Izvestia » de nombreuses entreprises gèlent leurs investissements, mais continueront à fonctionner en Russie. De son côté, Eldar Murtazin, analyste principal de Mobile Research Group, explique que les entreprises occidentales risquent de payer un prix élevé pour avoir quitté la Russie. Des estimations préliminaires, font état d’indemnités versées aux employés licenciés, de primes versées aux partenaires et d’autres paiements qui pourraient coûter environ 6 milliards de dollars à Apple et 6,6 milliards de dollars à Microsoft. Des investisseurs occidentaux dans le secteur de l’énergie, tels qu’Uniper, ont annoncé qu’ils se retiraient des actifs russes. Selon Natalya Malykh de Finam, cela n’est pas critique pour le marché russe puisque leur part peut être rachetée par des investisseurs chinois.

– Les agences internationales de notation Moody’s, S&P et Fitch ont, l’une après l’autre, abaissé la note du crédit souverain de la Russie, qui est passée du niveau « investissement » au niveau « pré-défaillance ». La Russie n’a pas connu de tels classements depuis 1998. La principale question tourne actuellement autour de la partie en devises de la dette nationale russe. Vladimir Bragin, directeur de l’analyse des marchés financiers et de la macroéconomie chez Alfa Capital, a déclaré au quotidien « Vedomosti », que la Banque centrale ne pouvait pas utiliser ses réserves en devise à cause des sanctions. Olga Belenkaya, responsable de l’analyse macroéconomique chez Finam, pense qu’aujourd’hui, contrairement au défaut de 1998, la Russie dispose de toutes les conditions économiques et financières pour faire face à sa dette sans problème. Dans ces conditions, beaucoup dépendra de la volonté politique, estime l’expert.

– La crise alimentaire mondiale qui a débuté pendant la pandémie est aggravée par la suspension des exportations de blé et d’huile de tournesol en provenance de Russie et d’Ukraine. Si ce problème ne touche pas la Russie, l’Union Européenne s’inquiète déjà du manque de produits. Evgenia Serova, directrice de la politique agricole de l’École supérieure d’économie, expliquait cette semaine au quotidien « Rossiskaya Gazeta » que les signes d’une crise alimentaire étaient déjà évidents avant l’opération militaire spéciale en Ukraine. Outre les problèmes logistiques, en raison de l’aggravation de la situation géopolitique, le marché mondial pourrait subir l’impact négatif de la suspension des exportations d’engrais russes. Le ministère russe de l’industrie et du commerce a recommandé cette mesure dans un contexte du sabotage des transporteurs refusant de transporter des produits russes. Le gel de ces exportations ne ferait qu’entraîner une hausse des prix, a noté l’expert. « Pendant au moins les deux prochaines années, nous devrons vivre dans les conditions d’une inflation galopante des produits alimentaires », a-t-elle prédit.

– Le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov et son homologue ukrainien Dmitry Kuleba se sont rencontrés à Antalya pour la première fois depuis le début de l’opération militaire spéciale de la Russie en Ukraine, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu faisant office de médiateur. Les discussions n’ont pas permis d’avancer de manière significative dans la résolution de la crise, écrit le quotidien « Vedomosti ». Selon Serguei Lavrov, les négociations organisées par la Turquie résultaient de la volonté de la Russie de communiquer sur les questions fondamentales de la crise actuelle. Mais Moscou n’a pas l’intention de remplacer « la principale voie de négociation sur le territoire biélorusse. La conversation d’aujourd’hui a confirmé que cette piste n’a pas d’alternative ». Dmitry Ofitserov-Belsky, chercheur principal à l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales a expliqué à « Vedomosti » que, pour l’heure, les négociations entre Russes et Ukrainiens ne peuvent porter que sur les couloirs d’évacuation et la prévention d’une très probable catastrophe humanitaire et économique en Ukraine. Il estime que Moscou attend des autres pays qu’ils se joignent aux contacts sur des questions plus larges susceptibles de mettre fin au conflit, en particulier celles liées aux garanties de sa propre sécurité, notamment l’arrêt de l’expansion de l’OTAN vers l’est et le retour de son infrastructure militaire aux frontières de 1997. Moscou continue de considérer Kiev, soutenu par tous les pays occidentaux, comme étant « sous contrôle extérieur » et n’est prêt à résoudre avec lui que des problèmes humanitaires momentanés, estime l’expert.

– Lors de sa conférence de presse suite à sa rencontre avec son homologue ukrainien à Antalya, Serguei Lavrov a fait des déclarations qui illustrent la volonté russe de prendre ses distances avec ses « partenaires » occidentaux : « Nous résoudrons ce problème de telle sorte que plus jamais nous ne dépendrons de [nos] partenaires occidentaux, qu’il s’agisse de gouvernements ou d’entreprises qui ne sont pas guidés par les intérêts de leurs affaires, mais sont devenus un outil de l’agression politique, que la Russie subit actuellement de la part de l’Occident. Nous ferons en sorte de ne plus jamais nous retrouver dans une situation similaire et qu’aucun ‘Oncle Sam’ ou quiconque, ne puisse prendre des décisions visant à détruire notre économie. Nous trouverons un moyen de ne plus en dépendre, et cela aurait dû être fait il y a longtemps ». Le calme avec lequel Serguei Lavrov a, selon son habitude, fait cette déclaration, ne doit pas cacher le niveau actuel d’exaspération qu’il a atteint.

– Le ministère des Affaires étrangères russe a déclaré jeudi que la Russie n’avait plus l’intention de participer au Conseil de l’Europe, et a accusé l’Union européenne et l’OTAN de détruire cette organisation. Bien que le ministère des affaires étrangères n’ait pas directement annoncé le retrait de la Russie du Conseil de l’Europe, le Conseil de la Fédération attend déjà des mesures appropriées de la part des autorités « dès que possible ». Le retrait de la Russie de l’organisation internationale doit avoir lieu dans le cadre d’une procédure légale. La raison de cette déclaration est la décision prise fin février par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe de suspendre l’adhésion de la Russie à cette organisation. La procédure de retrait nécessite une loi fédérale sur la dénonciation de la Charte du Conseil de l’Europe et de la Convention européenne des droits de l’homme, a expliqué au quotidien « Kommersant », Kirill Koroteev, responsable de la pratique internationale de l’Agora Group. De son côté, Piotr Tolstoï, chef de la délégation russe à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) expliquait : « La décision est prise par le président, et la dénonciation est soumise à la Douma d’État, mais je peux supposer que toutes les factions la soutiendront ». Il estime que le retrait de la Russie du Conseil de l’Europe n’aura pas d’impact significatif sur la vie quotidienne des Russes, car les normes de la Convention des droits de l’homme sont appliquées depuis longtemps dans la législation nationale.

– L’annonce par Jens Stoltenberg, que l’Otan ferait tout pour éviter que le conflit en Ukraine ne s’étende, a provoqué une réaction du président du Parlement serbe et ancien ministre des Affaires étrangères Ivica Dacic. « J’ai dit précédemment, que Stoltenberg avait déclaré au nom de l’OTAN que l’OTAN ferait tout pour empêcher le conflit de s’étendre. Cela signifie, s’étendre au-delà de l’Ukraine ! Mais attendez, cela ne signifie-t-il pas qu’ils ont tout simplement fait une croix sur l’Ukraine, ils ont fait une déclaration officielle selon laquelle ils ne sont tenus que de protéger leurs alliés. Que signifie ce signal pour l’Ukraine ? Cela signifie que Zelensky devrait résoudre le conflit par des discussions directes avec Poutine. L’Occident ne s’intéresse à l’Ukraine que tant qu’elle est prête à lutter contre la Russie ».

– Le ministère russe de la Défense a annoncé, cette semaine, avoir reçu des documents prouvant que des laboratoires situés sur le territoire ukrainien et financés par les Etats-Unis, menaient des recherches dans le domaine des armes biologiques. Ces documents concernent en particulier les instructions données à ces laboratoires de détruire tous leurs échantillons. Les Etats-Unis ont-ils nié l’existence de ces laboratoires ? Que nenni ! Voici la traduction d’un échange entre le sénateur Marco Rubio et Victoria Nuland, sous-secrétaire d’Etat, au Sénat, dans le cadre dans le cadre de la commission sénatoriale de politique étrangère : question de Marco Rubio « L’Ukraine a-t-elle des armes chimiques ou biologiques ? » – réponse de Victoria Nuland : « L’Ukraine possède des installations de recherche biologique dont nous craignons que les troupes ou les forces russes ne cherchent à prendre le contrôle. Nous travaillons donc avec les Ukrainiens sur la manière d’empêcher que ces matériels de recherche ne tombent entre les mains des forces russes si elles s’approchent. »

– Pour terminer sur une note plus légère, cette annonce d’un média russe cette semaine : « Mac Donald’s, Burger King, Coca cola, Pepsi Cola quittent la Russie. En deux jours, Jo Biden a fait plus pour la santé des Russes, que notre ministère de la Santé en un an ! »