– Quatre diplomates de haut niveau du Qatar, de l’Iran, de la Turquie et des Émirats arabes unis se sont rendus à Moscou cette semaine, en autant de jours, dans une démonstration impressionnante de réalignement stratégique des États régionaux sur fond de conflit entre les États-Unis et la Russie au sujet de l’Ukraine. L’arrivée à Moscou du ministre des affaires étrangères des EAU, Abdullah bin Zayed bin Sultan Al-Nahyan, jeudi, se produit dans les quinze jours qui suivent l’inscription du pays, le 4 mars, sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), organisme mondial de surveillance de la criminalité financière, en raison de délits financiers présumés. Le GAFI est l’un de ces outils de torture que l’Occident a perfectionné dans le système international pour humilier et punir les pays en développement à qui il veut donner une ou deux leçons. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, a déclaré que les entretiens avaient porté sur « un large éventail de questions liées à nos relations bilatérales et à l’agenda international. Pour des raisons évidentes, nous avons accordé une grande attention à l’évolution de la situation en Ukraine. » Il est intéressant de noter que mardi dernier, le roi de Bahreïn, Hamad bin Isa Al-Khalifa, a appelé le président russe Vladimir Poutine pour discuter de « questions d’actualité concernant la coopération entre la Russie et Bahreïn dans les domaines de la politique, du commerce et de l’économie et a exprimé l’intention commune de développer davantage les liens amicaux entre la Russie et Bahreïn ». Selon l’ancien ambassadeur d’Inde, MK Bhadrakumar, la Russie a offert à ses interlocuteurs du golfe Persique quelque chose qu’ils n’avaient jamais connu auparavant avec une grande puissance : un partenariat égalitaire fondé sur le respect mutuel.

– Moscou et Kiev ont des chances de parvenir à des compromis lors des pourparlers, ont déclaré des experts interrogés par le quotidien « Izvestia ». Toutefois, beaucoup dépendra de la capacité des autorités ukrainiennes à élaborer une position commune. Des politologues ont déjà pris note de certains progrès sur la voie diplomatique, mais il est trop tôt pour parler de résultats positifs. Les discussions vidéo avec la délégation russe se poursuivent sans interruption, a déclaré le conseiller du bureau du président ukrainien Vladimir Zelensky, Mikhail Podolyak.  Le vice-président de la commission des affaires étrangères du Conseil de la Fédération de Russie, Andrei Klimov, estime que la Russie et l’Ukraine pourraient parvenir à un accord si Kiev était capable de prendre des décisions indépendantes. « Je ne peux m’empêcher de penser que d’autres forces, notamment celles de Washington et du Royaume-Uni, sont également impliquées dans la conversation », a-t-il déclaré. De son côté, le directeur général de l’Agence pour les communications politiques et économiques, Dmitry Orlov a souligné que le processus de négociation entre la Russie et l’Ukraine se déroule de manière plus intensive qu’au début du mois de mars.

– Cependant, selon le directeur général du Conseil russe des affaires internationales, Andrey Kortunov interrogé par le quotidien « Vedomosti », les parties ne sont capables de conclure des accords que sur les corridors humanitaires, mais des revendications mutuelles apparaissent même lorsque ces questions sont abordées. Il n’est guère possible de parler de changements sérieux dans la position de Kiev à l’heure actuelle, notamment parce que l’Ukraine doit sauver la face dans l’état émotionnel difficile de la société aujourd’hui, à savoir ses membres nationalistes d’extrême droite, a noté Alexander Gushchin, chercheur principal à l’Institut des études post-soviétiques et interrégionales de l’Université d’État russe pour les sciences humaines.

– Le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, et le membre du Politburo du Parti communiste chinois, Yang Jiechi, se sont entretenus à Rome lundi. Les Etats-Unis ont lancé un ultimatum à la Chine, menaçant de punir Pékin pour son refus de cesser la coopération avec la Russie. Pour Alexander Lomanov, directeur adjoint de l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales de l’Académie russe des sciences, questionné par le quotidien « Kommersant » : « Les développements actuels autour de la Russie sont un signe alarmant pour la Chine ». Les Etats-Unis ont en effet plusieurs moyens de punir la Chine, mais selon Lomanov, ces scénarios ne doivent pour l’instant être considérés que comme hypothétiques, étant donné que les mesures contre la Chine pourraient provoquer des chocs auxquels l’économie mondiale ne survivrait pas. Un commentateur chinois remarquait récemment : « aide moi à abattre ton ami, je m’occuperai de toi ensuite ». Pour Lomanov, « Tout cela ne deviendra possible que si l’administration Biden décide d’aller jusqu’au bout dans ses tentatives de pression sur la Russie. Quant à la Chine, elle continuera à résister aux pressions, notamment parce que Washington n’a rien d’autre à offrir que des menaces ».

– L’Union européenne a annoncé le quatrième train de sanctions contre la Russie. Les plus importantes comprennent l’interdiction d’importer des produits sidérurgiques russes et la décision de révoquer le statut de nation la plus favorisée de la Russie dans le domaine commercial. Les experts interrogés par la quotidien « Nezavisimaya Gazeta » ne s’attendent pas à ce que cette dernière mesure change réellement quelque chose pour Moscou. Pour Artem Tuzov, directeur exécutif du département du marché des capitaux chez Univer Capital, « de nombreux membres de l’OMC ont déjà restreint les échanges avec la Russie, les transactions monétaires ont également été limitées. Il est difficile d’imaginer un autre moyen de restreindre le commerce. En fait, les règles de l’OMC ont cessé de fonctionner pour la Russie en 2014. »

– La notification de la Russie concernant son retrait du Conseil de l’Europe a été remise à la Secrétaire générale de l’organisation, Marija Pejcinovic Buric, le 15 mars. Le vice-président de la Douma d’État russe, Pyotr Tolstoy, qui dirige la délégation russe à l’APCE, a déclaré au quotidien « Vedomosti » que la décision de quitter le Conseil de l’Europe avait été prise au plus fort de la discussion anti-russe à l’APCE. Il a souligné que la Russie se retirait du Conseil de l’Europe de son propre chef et qu’il s’agissait d’une « décision mûrement réfléchie. » La procédure de retrait du Conseil de l’Europe ne sera pas rapide, a déclaré au journal le vice-président de la commission de la législation constitutionnelle du Conseil de la Fédération, Alexander Bashkin. Une décision politique a été prise, mais il reste encore la procédure juridique, a noté le sénateur. Un ensemble assez important de documents est nécessaire pour dénoncer les traités et le Comité des ministres ne va pas examiner la question rapidement.

– Selon la quotidien « Nezavisimaya Gazeta », la décision de geler des avoirs russes d’une valeur de plusieurs centaines de milliards de dollars contribuera à réduire le rôle du dollar américain dans les paiements et les réserves internationales. Le ministère des Finances russe a envoyé à l’avance tous les paiements dus aux banques occidentales, annonçant que si ces paiements ne pouvaient être traités en raison des sanctions, la Russie paierait en roubles. De son côté, l’Arabie saoudite a intensifié ses efforts pour organiser l’utilisation du yuan au lieu du dollar pour le paiement d’une partie de ses exportations de pétrole vers la Chine. L’Inde, quant à elle, réfléchit à des plans visant à faire du yuan la monnaie de base pour créer un mécanisme de règlements en monnaies nationales. Pour le responsable de la recherche analytique chez Univer Capital, Dmitry Alexandrov, « ces sanctions sévères pourraient servir de catalyseur pour reconsidérer l’attitude des pays vis-à-vis du dollar en tant que monnaie de règlement et d’épargne de base ». Il est toutefois peu probable que des changements radicaux se produisent rapidement, notamment en raison de l’instabilité économique mondiale.

– L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) s’est saisie d’une résolution sur l’« occupation » par la Russie d’une partie de la Moldavie, la Transnistrie. Le chef du parti social-démocrate moldave, Victor Selin, a déclaré au quotidien « Nezavisimaya Gazeta » que la démarche avait pour but d’entrainer la Moldavie dans des activités militaires contre la Russie. « Ni le peuple moldave ni les parlementaires n’ont demandé au Conseil de l’Europe de soulever la question de la Transnistrie, la discussion a été lancée par certains pays de l’Union Européenne. La Moldavie n’avait pas besoin de la décision déclarant la Transnistrie territoire occupé, c’est une provocation, – a souligné Selin, – il existe un accord entre la Russie et la Moldavie, qui stipule que Moscou reconnaît la Transnistrie comme faisant partie de la Moldavie et agit en tant que garant. Ceux qui ont proposé de déclarer la Moldavie « pays occupé » cherchent à s’ingérer dans les affaires intérieures de la Moldavie sans son consentement. » Pour Andrey Safonov, analyste politique basé en Transnistrie, « seules des forces de maintien de la paix efficaces et sincèrement intéressées par la protection de leurs familles et de leurs amis sont capables de bloquer toute tentative d’alimenter le conflit. Les soldats de la paix de Transnistrie et de Moldavie, dont les enfants, les parents, les épouses et les amis vivent dans la région, y sont déployés aux côtés des troupes russes. Il n’y aura pas de conflit si les deux parties sont libres de choisir leur propre voie de développement et s’abstiennent d’imposer leurs vues à l’autre ».

– Le ministère russe des finances a réussi à effectuer un paiement d’intérêts de 117 millions de dollars aux détenteurs d’obligations étrangers à partir de comptes gelés à l’étranger, en vertu d’une licence générale délivrée par « l’Office of Foreign Assets Control des Etats-Unis » », qui est valable jusqu’au 25 mai. Ce faisant, Moscou a évité le défaut technique qui était possible en raison des sanctions sur les réserves de change du pays. La licence pourrait être prolongée davantage, car il ne serait pas de l’intérêt des États-Unis de priver leurs investisseurs de revenus, estiment les experts. La prochaine date à laquelle le paiement de la dette russe en devises étrangères pourrait être remis en question est le 27 mai, a déclaré Alexander Shurakov, analyste principal du marché de la dette chez Otkritie Investment. C’est à cette date que la Russie devra effectuer un paiement de 71 millions de dollars de coupons sur les euro-obligations arrivant à échéance en 2026. Si la licence américaine n’était pas prolongée, la Russie pourrait revenir à l’idée de paiements en roubles, a noté l’expert. Il est inutile pour le gouvernement américain de s’en prendre à ses propres investisseurs bloqués avec des obligations russes. Il est donc fort probable que les autorités américaines prolongeront la licence autorisant l’utilisation des actifs gelés de la Russie pour les paiements sur les euro-obligations, a souligné Denis Domashchenko, professeur associé à l’Université russe d’économie Plekhanov.

– Le cours du dollar américain sur le marché des devises russes baisse lentement. L’espoir des investisseurs d’un cessez-le-feu entre Moscou et Kiev et la capacité du ministère russe des finances à payer les dettes étrangères soutiennent le rouble, écrit le quotidien « Kommersant ». En l’absence d’investisseurs internationaux sur le marché, la situation dépend entièrement des acteurs locaux. Selon le chef de l’unité d’analyse de la Zenit Bank, Vladimir Yevstifeyev, les mesures de la Banque centrale russe concernant la monnaie fiduciaire se sont avérées particulièrement utiles pour diminuer l’achat panique de devises étrangères par les particuliers et les entreprises. Dmitry Babin, expert boursier chez BCS World of Investment, a souligné que les banques avaient réduit leur demande de devises étrangères suite à une baisse de la demande de leurs clients. « Les perspectives de résolution des risques géopolitiques et de signature d’un accord de paix sont la principale raison pour laquelle le rouble russe se renforce », a noté le directeur du département des opérations sur les marchés financiers de la Russian Standard Bank, Maxim Timoshenko. Les experts soulignent toutefois que la situation est loin d’être stabilisée. Selon Dmitry Babin, si un processus de désescalade commence, le taux de change du dollar pourrait tomber à 90-95 roubles.

– La chaîne de restauration rapide turque « Chitir Chicken » se prépare à entrer sur le marché russe, après avoir tenu la première série de discussions avec les centres commerciaux russes, a déclaré le président de l’Union des centres commerciaux Bulat Shakirov au quotidien « Izvestia ». Selon lui, si les parties parviennent à un accord, la nouvelle marque ouvrira jusqu’à dix emplacements en un mois, tandis que les plans de développement prévoient le lancement d’un réseau de franchise de 500 à 600 emplacements. McDonald’s a suspendu ses activités en Russie, mais continue à payer son loyer. Pour Anton Belykh, directeur général de DNA Realty, il est peu probable que les centres commerciaux dénoncent les baux avec la société américaine. Ils offriront plutôt des emplacements vacants au projet turc. Il est difficile de dire pour l’instant quel avenir attend la nouvelle chaîne de restaurants en Russie, a déclaré Marina Malakhatko, directrice du département des espaces commerciaux chez CBRE. Il y a eu des cas où des établissements de restauration de ce type n’ont pas réussi à s’imposer en Russie, bien que le marché de la restauration rapide du pays soit en croissance constante, a-t-elle ajouté.

– Jeudi, le président américain, Joseph Biden a lancé de nouveau des remarques désobligeantes à propos de son collègue russe Vladimir Poutine, le traitant successivement de « dictateur meurtrier » et de « pur voyou ». Questionné lors d’un point presse à ce sujet, le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov a déclaré : « Compte tenu de l’irritabilité, de la fatigue et des trous de mémoire de M. Biden, qui finissent par se traduire par des déclarations agressives, nous préférerons sans doute nous abstenir de tout commentaire afin de ne pas déclencher davantage d’agressivité ».

– La présence de laboratoires biologiques financés par les Etats-Unis, en Ukraine et dénoncée par la Russie n’a pas été niée par la sous-secrétaire d’Etat américaine Viktoria Nuland, lors d’une audition sénatoriale. Cette semaine, le chef des troupes russes de protection nucléaire, biologique et chimique, Igor Kirillov, a informé qu’un réseau de plus de 30 laboratoires biologiques avait été mis en place en Ukraine, sous contrat avec l’Agence américaine de réduction des menaces de défense (DTRA). Selon M. Kirillov, le 24 février, tous ces laboratoires ont reçu l’ordre du ministère ukrainien de la Santé d’éliminer complètement les agents biologiques stockés dans ces laboratoires. Lors d’une conférence de presse à l’issue de ses entretiens avec son homologue iranien Hossein Amir-Abdollahian cette semaine, Serguei Lavrov a déclaré : « Il existe des centaines de laboratoires de ce type, dont près de 30 rien qu’en Ukraine. Et beaucoup ont été installés dans un certain nombre d’anciens pays soviétiques, précisément le long du périmètre des frontières de la Russie, ainsi que sur les frontières de la Chine. Nous exigerons, dans cette situation, que, premièrement, ce problème soit examiné dans le cadre des engagements pris par tous les pays participant à la Convention sur les armes biologiques et à toxines. Deuxièmement, nous redoublerons nos efforts pour que les Américains cessent de bloquer la proposition que nous avons soumise il y a 20 ans, concernant la nécessité d’établir un mécanisme spécial de vérification dans le cadre de cette convention pour toute information alarmante selon laquelle il existe des agents pouvant être utilisés pour fabriquer des armes biologiques ».

– Vendredi, la Russie fêtait le huitième anniversaire du retour de la Crimée. Le stade de Luzhniki à Moscou a accueilli 90.000 personnes et 100.000 (chiffres de la police) ont suivi le spectacle sur des écrans géants à l’extérieur du stade. Concerts et discours politique se sont succédés. Le président Vladimir Poutine est intervenu également. Il a commencé son discours par une citation de la constitution de la fédération de Russie : « Nous sommes le peuple multinational de la Fédération de Russie, uni par un destin commun sur notre terre. Ce sont les premières lignes de la loi fondamentale de la Russie et chaque mot est rempli d’un sens profond et a une grande signification. Sur notre propre terre, unis par un destin commun – c’est ce que les gens ont dû penser et être guidés lorsqu’ils se sont rendus au référendum en Crimée et à Sébastopol le 18 mars 2014. Ils vivaient sur leurs terres et voulaient vivre un destin commun avec leur patrie historique – la Russie. Ils avaient tous les droits de le faire et ont atteint leur objectif. Souhaitons leurs d’abord une bonne fête, c’est leur fête ». Puis il poursuivait « Les mots des Saintes Écritures me viennent à l’esprit : il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Nous voyons comment nos gars agissent et combattent héroïquement dans cette opération. Et de conclure, le début de l’opération a coïncidé tout à fait par hasard avec l’anniversaire d’un de nos chefs militaires exceptionnels, Fyodor Ushakov, qui n’a pas perdu une seule bataille durant toute sa brillante carrière. Il a dit un jour : « Ces orages seront à la gloire de la Russie ». Il en était ainsi à l’époque, il en est ainsi aujourd’hui, et il en sera toujours ainsi. » Ce n’est pas la première fois que Poutine fait référence à la Bible ou à d’autres écritures. En 2020, lors d’une réunion avec des représentants d’associations religieuses, il avait cité également l’Évangile de Jean : « Celui qui dit : « J’aime Dieu » et qui déteste son frère est un menteur ; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? »

– Selon un sondage réalisé par l’institut de sondage « Vtsiom », la cote de popularité de Vladimir Poutine atteignait le 15 mars 2022, 79,6%, tout près des 80% atteint en mars 2014 après le rattachement de la Crimée. Il est aussi intéressant de noter, et c’est là une « première », que la cote du premier ministre Mikhaïl Michoustine s’établissait à 62%. C’est la première fois que la cote de popularité d’un premier ministre de la Fédération de Russie dépasse les 50%.