– Le président russe Vladimir Poutine a rencontré son homologue turc Recep Tayyip Erdogan à Sotchi le 5 août, où les deux dirigeants ont convenu de stimuler le commerce bilatéral entre la Russie et la Turquie. Le président turc a déclaré que les relations russo-turques avaient atteint un nouveau niveau. Selon une déclaration conjointe publiée à l’issue de la rencontre, les présidents ont souligné leur volonté commune de développer davantage leurs relations. La Turquie a, par exemple mentionné son accord pour régler des opérations commerciales en roubles. Ce rapprochement n’est pas du goût des Occidentaux et il pourrait, selon le quotidien « Vedomosti », entrainer des sanctions contre la Turquie. Selon le Financial Times, les dirigeants occidentaux ont menacé Ankara de sanctions si elle aide la Russie à échapper aux restrictions. Une source au sein des gouvernements occidentaux a déclaré au journal que les mesures pourraient commencer par des directives informelles aux banques et institutions financières occidentales pour réduire les transactions financières avec leurs homologues turcs. Pour Fyodor Lukyanov, rédacteur en chef du magazine « Russia in Global Affairs », il sera « extrêmement stupide » que les États-Unis et leurs alliés décident d’imposer des sanctions à Ankara. Selon lui, la Turquie mène une politique indépendante et donne la priorité à ses intérêts, qui incluent le maintien de relations constructives avec tout le monde : la Russie, l’Ukraine et l’Occident. Cette position permet à Ankara de faire des choses qu’aucun autre pays ne peut faire, comme agir en tant qu’intermédiaire pour régler la question des exportations de céréales ukrainiennes. Pour Ivan Timofeev, directeur des programmes au Conseil russe des affaires internationales, « la Turquie sert d’importante plateforme logistique pour la Russie, ce qui est l’une des raisons de l’augmentation du chiffre d’affaires entre les deux pays ». D’autre part, les entreprises turques explorent activement l’espace laissé par les entreprises occidentales qui ont quitté le marché russe. Selon Ivan Timofeev, les sanctions secondaires à l’encontre de la Turquie n’auraient donc pas d’impact substantiel. « Ankara pourrait simplement créer des entreprises et des entités juridiques spéciales pour faire des affaires avec la Russie, et l’interdiction de ces dernières par les États-Unis aurait donc peu d’effet ».

– La Russie a suspendu les inspections américaines dans le cadre du traité de contrôle des armes nucléaires New START. En effet, selon le ministère russe des Affaires étrangères, Washington a informé Moscou qu’il enverrait bientôt ses inspecteurs en Russie sans aucun arrangement préalable, une décision que les diplomates russes ont qualifiée de « provocation flagrante ». Questionnée par le quotidien « Kommersant », l’ambassade américaine a refusé de faire un commentaire détaillé sur la situation, mais a assuré au journal que Washington restait attaché au traité New START. Des experts ont expliqué à « Kommersant » que le traité pouvait être maintenu sans aucune inspection, mais ils ont considéré la suspension comme un signe que les relations russo-américaines se seraient détériorées davantage. On ne sait pas encore comment les deux parties vont régler la question. Rose Gottemoeller, négociatrice en chef américaine pour le traité New START et professeur à l’université de Stanford, a déclaré à « Kommersant » que tout devrait se régler à la table des négociations. Elle doute qu’un échange d’opinions en public ou dans les médias soit efficace. Dmitry Stefanovich, chercheur au Centre de sécurité internationale de l’Institut d’économie mondiale et de relations internationales de l’Académie des sciences de Russie, a déclaré à « Kommersant » que les deux parties auraient tout à gagner à aplanir leurs différends et à reprendre les inspections. Selon lui, il pourrait être important pour la Russie de voir sur place comment les silos de lancement des sous-marins Ohio et les bombardiers stratégiques B-52N sont partiellement exemptés du décompte, tandis que les Américains s’intéressent à « l’Avangard », un planeur hypersonique russe, et au « Sarmat », un missile balistique intercontinental super lourd, ainsi que les systèmes de missiles mobiles russes. Entre-temps, les experts estiment que le traité New START pourrait continuer à fonctionner même sans inspections, étant donné que la Russie et les États-Unis continuent à échanger des notifications et des informations générales en ligne. Que le traité s’effondre sur cet obstacle ou que les parties parviennent à un accord dépendra de la volonté politique des dirigeants des deux pays, a déclaré Pavel Podvig, directeur du projet sur les forces nucléaires russes et chercheur principal à l’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR) à Genève.

– L’Inde est en train de devenir le principal agent économique de la Russie en Asie. Les entreprises indiennes augmentent leurs importations de pétrole et de charbon russes, en payant en devises asiatiques plutôt qu’en dollars américains. En outre, la livraison des bombardiers stratégiques russes Tu-160 pourrait marquer l’apogée de la coopération en matière de défense avec l’Inde, écrit le quotidien « Nezavisimaya Gazeta ». À l’instar de la Chine et de quelques autres pays, l’Inde tire profit du pivot partiel de la Russie vers l’Est, déclenché par les sanctions occidentales, a noté Mark Goikhman, analyste en chef de « TeleTrade ». D’autre part, l’Inde est moins engagée que la Chine dans les relations économiques avec les États-Unis, « c’est pourquoi le risque de sanctions secondaires est plus faible pour les entreprises indiennes que pour les entreprises chinoises. » En plus de cela, l’Inde peut être engagée dans des efforts pour établir de nouvelles chaînes d’approvisionnement et de logistique. « Les sanctions limitent l’exportation directe de nombreux biens des pays occidentaux vers la Russie, alors que les entreprises indiennes peuvent les acheter et les livrer ensuite dans notre pays, notamment dans le cadre du système d’« importation parallèle », souligne Mark Goikhman. Pour Vladimir Chernov, analyste de « Freedom Finance Global », « L’Inde est une économie qui se développe et croît rapidement, et c’est aussi le deuxième plus grand pays du monde en termes de population. Les perspectives de coopération avec l’Inde sont énormes, car la consommation d’énergie du pays augmente en même temps que la production industrielle et l’économie dans son ensemble ».

– Le porte-parole adjoint du ministère russe des affaires étrangères, Ivan Nechayev, cité par le quotidien « Nezavisimaya Gazeta » a indiqué cette semaine que « les navires céréaliers qui quittent les ports ukrainiens sur la base des accords conclus à Istanbul le 22 juillet se dirigent vers les pays occidentaux et non vers les nations africaines affamées ». Pour le quotidien russe, cela fait douter que l’accord sur les céréales soit réellement crucial pour la sécurité alimentaire mondiale. Les responsables des Nations unies, n’ont cessé d’évoquer le risque que la pénurie de céréales ukrainiennes aggrave la faim en Afrique à propos du blocus des ports ukrainiens. Selon les médias occidentaux, les navires quittant les ports ukrainiens se dirigent vers la Turquie, le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Italie et la Chine. Aucun de ces navires céréaliers n’a jusqu’à présent mis le cap sur le Yémen, la Somalie, l’Éthiopie et d’autres pays confrontés à la menace de famine. Pour le directeur du groupe de réflexion « SovEcon », Andrey Sizov, « les produits agricoles ukrainiens sont livrés à leurs destinations habituelles, y compris la Turquie, et l’absence d’approvisionnement des pays menacés de famine est un exemple typique d’équilibre entre l’offre et la demande sur le marché. Les spéculations des politiciens occidentaux selon lesquelles ces produits devaient être livrés aux nations africaines frappées par la famine sont absolument sans fondement, car les céréales sont envoyées aux pays qui ont proposé le meilleur prix, ce qui a toujours été le cas », note l’expert. « L’Europe et la Chine ont toujours reçu la majeure partie du maïs ukrainien », a souligné le directeur général de l’Institut d’études du marché agricole, Dmitry Rylko. La Chine, l’Europe et la Turquie sont les trois marchés clés pour le maïs ukrainien ».

– Le montant des transactions en devises chinoises sur la bourse russe ne cesse d’augmenter explique le quotidien « Kommersant ». Selon l’analyste en chef de « Sovcombank », Mikhail Vasilyev, les importateurs russes cherchent activement à passer des contrats dans la monnaie chinoise. « Les problèmes logistiques et de paiement obligent les entreprises russes à rechercher des opportunités pour stimuler la coopération avec les entreprises chinoises », a souligné le chef de l’économie et de la recherche sectorielle de la « Promsvyazbank », Yevgeny Loktyukhov. « Le passage au yuan dans les transactions implique la nécessité d’augmenter les réserves de monnaie chinoise. Ce n’est pas par hasard que les banques russes rejoignent de plus en plus le système de paiement bancaire chinois CIPS, qui supporte les paiements en yuan », a noté Ernst Bekker, directeur financier d’« Expobank ». Au fur et à mesure de la diminution de la dépendance au dollar, la demande des entreprises pour la monnaie chinoise va continuer à augmenter, ce qui aura un impact positif sur l’activité commerciale. Mikhail Vasilyev n’exclut pas que le niveau moyen des transactions en yuan atteigne celui du dollar et de l’euro. L’adoption d’une nouvelle règle budgétaire, encourageant l’achat de devises des pays amis, y contribuera également. « Le yuan, quatrième monnaie mondiale pour les réserves et les transactions internationales, sera apparemment en tête de liste », a déclaré Ernst Bekker.

– Pourquoi la Russie refuse-t-elle la livraison de la turbine qui se trouve actuellement en Allemagne ? Contrairement à ce que prétend le Chancelier Scholz il ne s’agit pas de mauvaise volonté de la partie russe, mais plutôt de prudence. En effet, le contrat de vente des turbines à Gazprom stipule que ces dernières doivent être révisées au bout de 25.000 heures d’utilisation. Le contrat de réparation des moteurs dans l’usine au Canada a été conclu avec la société britannique « Industrial Turbine Company (UK) Limited », qui fait partie du groupe Siemens Energy. On notera au passage que ce moteur n° 073 aurait dû être révisé et remis à Gazprom avant le mois de mai 2022. Mais cette pièce d’équipement est soumise au régime de sanctions canadien. Il semblerait donc que la partie canadienne ait opté pour une expédition en Allemagne qui n’est pas concernée par les sanctions canadiennes. En revanche, en raison du régime de sanctions européen (règlement UE 833/2014), le moteur ne peut être expédié d’Allemagne en Russie… Accepter une telle livraison, soumettrait Gazprom à des risques sur les autres moteurs qui doivent également être révisés au Canada. La société russe demande donc une clarification officielle de la part des autorités canadiennes et européennes quant à l’exemption du régime de sanction pour l’ensemble des moteurs. D’autre part, les autorités canadiennes ont délivré les documents pour l’exportation du moteur à « Siemens Energy Canada Limited » (et non à « Industrial Turbine Company (UK) Limited »). Cette société n’est pas partie au contrat et les documents n’ont donc rien à voir avec le contrat actuel. A suivre.