Le Kazakhstan suspend ses exportations d’armements

Le pays est membre de « l’Organisation du traité de sécurité collective » (Arménie, Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizistan, Russie et Tadjikistan) et, selon une source proche des services secrets russes citée par le quotidien « Vedomosti », des pays d’Asie centrale ont réexporté des échantillons d’armements soviétiques. Les entreprises de défense kazakhes fabriquent, en coopération avec des sociétés étrangères également, le système de fusée Tarlan, le système de fusée à lancement multiple Saryshayan, le transporteur blindé 8×8 Barys et le véhicule blindé Arlan. Le Kazakhstan a également modernisé les chars soviétiques T-72. Selon des analystes interrogés par « Vedomosti », la décision vise à éviter toute sorte de scandale autour de livraisons d’armes à l’Ukraine par le Kazakhstan, via des pays tiers. Selon Stanislav Pritchin, chercheur principal au Centre d’études post-soviétiques IMEMO, cette décision pourrait être le résultat d’une réunion à Sotchi entre le président russe Poutine et son homologue kazakh Kassym-Jomart Tokayev, fin août, au cours de laquelle Moscou a fait part de ses préoccupations concernant un canal potentiel de réexportation d’armements vers l’Ukraine via des pays tiers.

Baisse des livraisons d’armes allemandes

Des membres de l’aile gauche du parti social-démocrate allemand ont demandé l’arrêt de la fourniture d’armes lourdes à l’Ukraine et ont plaidé en faveur de négociations de paix avec la Russie. Mais, de son côté, chancelier Olaf Scholz a déclaré fin août que le gouvernement était prêt à renforcer les systèmes d’artillerie et de défense aérienne ukrainiens. Dans le même temps, la ministre allemande des affaires étrangères, Annalena Baerbock, a déclaré que la fourniture d’armes à Kiev était en péril en raison d’une grave pénurie de stocks au sein des forces allemandes. Des experts interrogés par le quotidien « Izvestia » pensent que s’il n’est pas question, pour le gouvernement allemand, de refuser officiellement les livraisons d’armes, leur nombre devrait être plus symbolique. Pour Artem Sokolov, chercheur à l’Institut d’études internationales du MGIMO, les déclarations de certains membres du parti social-démocrate sur la nécessité d’arrêter les livraisons militaires à l’Ukraine et d’entamer des négociations ne sont pas susceptibles de modifier la position officielle de Berlin, du moins en termes de rhétorique publique. Toutefois, selon lui, « cela fait planer un doute sur la notion d’un accord pangermanique et, dans un sens plus large, paneuropéen sur la nécessité de soutenir l’Ukraine à tout prix ».

Des MiG-31I, porteurs de missile Kinzhal

Selon le quotidien « Izvestia », les pilotes de MiG-31BM s’entrainent à l’interception de cibles supersoniques à haute altitude. Le pilote émérite Igor Malikov, interrogé par le quotidien explique que : « Les missiles modernes volent à très grande vitesse, dépassant parfois de deux à trois fois la vitesse du son. Il est plus important que jamais d’être capable de les détruire. En outre, tous ceux qui le peuvent ont essayé de construire des armes supersoniques ces derniers temps, et les équipages russes devraient apprendre à intercepter de telles cibles ». Selon lui, les MiG-31BM sont idéaux pour accomplir ces missions. Izvestia a appris récemment que le ministère russe de la Défense avait décidé de faire du MiG-31I le principal porteur des missiles hypersoniques Kinzhal. Les premiers prototypes du MiG-31I ont déjà été testés. Ils ont notamment participé à des manœuvres stratégiques organisées au début de l’année. Le 21 août, le ministre de la défense Sergey Shoigu a indiqué que les forces armées russes avaient utilisé à trois reprises, avec succès, des missiles Kinzhal dans le cadre de l’opération militaire spéciale en Ukraine. Selon le ministère de la défense, les missiles ont été utilisés pour frapper un poste de commandement ukrainien souterrain et pour détruire un dépôt de munitions souterrain et une installation de stockage de carburant. Au début du mois d’août, trois avions équipés de missiles hypersoniques Kinzhal ont été déployés à Kaliningrad. Le rayon d’action du Kinzhal, à partir de cette position, couvre toute l’Europe occidentale.

L’Inde opposée aux sanctions contre la Russie

Les forces américaines et indiennes entreprendront des manœuvres près de la frontière controversée entre l’Inde et la Chine à l’automne. Selon le quotidien « Nezavisimaya Gazeta », le Pentagone compte en profiter, pour faire pression sur Delhi afin qu’elle limite ses liens avec Moscou. Le fait que Washington ait précédemment conclu un pacte de communication de sécurité avec Delhi joue en sa faveur. Mais, selon des experts interrogés par « Nezavisimaya Gazeta », il est peu probable que l’Inde se joigne aux sanctions car la Russie est un partenaire stratégique fiable. La politique de l’Inde dans le conflit mondial émergeant entre l’Est et l’Ouest agace les Etats-Unis et leurs alliés, écrit le journal. Selon Sameed Basha, expert en défense à l’université Deakin en Australie, la position de l’Inde sur les développements en Ukraine ne semble pas impartiale. Selon lui, l’Inde la justifie en invoquant des intérêts nationaux, mais il s’agit essentiellement d’une position pro-Moscou. Pire encore, poursuit l’analyste, l’Inde divise l’alliance anti-russe, faisant ainsi le jeu de Moscou. Vinay Shukla, un expert indien en politique étrangère, a déclaré à « Nezavisimaya Gazeta » que l’Inde ne reconnaît que les sanctions imposées par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il a souligné que l’Occident avait fait pression sur l’Inde, mais sans succès jusqu’à présent. Selon l’analyste, New Delhi estime que l’Occident aurait pu éviter les actions militaires en Ukraine mais a choisi de ne pas le faire parce qu’il voulait affaiblir la Russie.

Perspectives sur le cours du rouble

Lorsque le rouble est remonté autour de 60 roubles par dollar et par euro des voix se sont élevées en Russie contre une trop grande fermeté de la monnaie. Malgré tout, le cours du rouble est resté pratiquement inchangé tout l’été. Mais selon les analystes interrogés par le quotidien « Izvestia », la monnaie nationale russe devrait connaitre une dépréciation substantielle à l’automne. Cette évolution sera facilitée par la nouvelle loi fiscale, la reprise des importations et la nécessité pour les exportateurs d’accroître leurs marges bénéficiaires. Dmitry Aleksandrov, directeur général d’Ivolga Capital, a déclaré au quotidien qu’un rouble fort faisait souffrir l’économie russe du « syndrome hollandais », dans lequel il devient plus avantageux d’importer des produits de base que de développer la production nationale. Selon Kristina Agadzhanova, conseillère indépendante en investissements, le processus sera favorisé par le lancement d’une nouvelle règle fiscale et une augmentation progressive des importations parallèles. De son côté, Yana Konyukhova, directrice de PWeM invest a expliqué que « Les marchés attendent avec impatience la décision du ministère des Finances de commencer à acheter des devises à des pays amis. La Russie bénéficiera d’un taux de rouble plus proche de 80, ce qui profitera aux exportateurs, qui sont la principale source de revenus du gouvernement. La seule question est de savoir quand ». Fyodor Sidorov, fondateur de « l’Ecole d’investissement pratique », met quant à lui en garde contre des brusques changements sur le marché des changes cet automne car le régulateur et le gouvernement ne peuvent pas permettre une nouvelle vague de panique comme celle qui s’est produite en mars de cette année.

La Russie pourrait entrer sur les marchés d’Asie du Sud via le Turkménistan

Le PDG de Gazprom, Alexey Miller, s’est rendu cette semaine au Turkménistan et a discuté de coopération énergétique avec le président du pays, Serdar Berdymukhamedov. La Russie a manifesté son intérêt pour la mise en œuvre du gazoduc TAPI (Turkménistan–Afghanistan–Pakistan–Inde) et il est possible que le Turkménistan accepte d’utiliser son système de transport de gaz pour le transit du gaz russe vers les marchés d’Asie du Sud. Kaboul s’y intéresse également. Les négociations entre les autorités russes et afghanes sont pratiquement terminées, et l’accord est prêt à être signé, comme l’affirment les membres du gouvernement taliban. Seules des questions techniques subsistent. Selon Stanislav Pritchin, chercheur principal au Centre IMEMO d’études post-soviétiques, le Turkménistan ne devrait pas rejeter l’aide de la Russie pour la construction d’un gazoduc.  Selon lui, la Russie ne fera pas concurrence au Turkménistan dans cette direction puisque la majorité du gaz est destiné à la Chine. L’aide de la Russie contribuera donc à la fois à la construction du gazoduc et à son remplissage.

Pas d’accord sur la question des visas Schengen

Lors d’une réunion tenue le 31 août à Prague, les hauts diplomates de l’UE ne sont pas parvenus à un accord sur la limitation des visas pour les citoyens russes. Jusqu’à présent, l’UE a seulement décidé de mettre un terme à l’assouplissement du régime des visas avec la Russie. Mais comme la réunion était informelle, cette décision est uniquement de nature politique, écrit « Izvestia ». Le gel de l’accord d’assouplissement des visas rendra plus difficile pour les Russes l’obtention d’un visa Schengen. Les frais passeront de 35 à 80 euros, et le délai de traitement sera allongé. Après le dépôt d’une demande, la réception d’un visa pourrait prendre jusqu’à six mois. Selon Artur Muradyan, vice-président de l’Association des tour-opérateurs de Russie (ATOR), cette décision de l’UE affectera surtout les résidents des régions frontalières de la Russie plutôt que les visiteurs. « D’un autre côté, rien d’extraordinaire n’a eu lieu lors de la réunion ministérielle. L’interdiction totale envisagée par les pays baltes ne s’est pas concrétisée. Nous espérons que les membres de l’UE qui se sont opposés à l’interdiction pourront poursuivre leur politique de tourisme libre. En particulier, l’Espagne, l’Italie et la Grèce continueront à délivrer des visas », a-t-il conclu. En tout état de cause, les résultats de la réunion informelle des hauts diplomates de l’UE ne peuvent être interprétés comme une solution pratique à la question des visas. Le verdict final n’a pas encore été rendu. Jusqu’à présent, les membres du bloc sont toujours divisés en deux camps : ceux qui cherchent des compromis sur cette question, et ceux qui les rejettent complètement.

Gaz russe : la Hongrie campe sur ses positions

Malgré l’opération spéciale menée par la Russie en Ukraine, la Hongrie, membre de l’UE, entretient des relations avec Moscou et s’oppose aux sanctions visant le pétrole et le gaz russes. Gazprom fournira 353,8 millions de mètres cubes de gaz supplémentaires à la Hongrie en septembre et octobre. Les volumes supplémentaires passeront par le gazoduc TurkStream. Selon le quotidien « Kommersant », cette mesure permettrait à la Hongrie non seulement de se préparer à un hiver froid, mais aussi d’aider l’Autriche et la Slovaquie voisines en cas d’interruption de l’approvisionnement en gaz via l’Ukraine. La Russie fournit environ 85 % des importations de gaz du pays. Gazprom a signé un contrat avec la Hongrie en 2021 pour fournir 3,5 milliards de mètres cubes de gaz par an via la Bulgarie et la Serbie, et 1 milliard de mètres cubes supplémentaires via l’Autriche. Le contrat a été signé pour une période de 15 ans. En août, Gazprom a augmenté ses livraisons à la Hongrie de 2,6 millions de mètres cubes par jour. Comme l’explique Maria Belova de Vygon Consulting « à l’heure où l’Union européenne remplit ses installations de stockage et « aspire » le marché du GNL en prévision d’une pénurie de gaz, la Hongrie est le seul pays qui recevra des volumes de gaz plus importants, qui plus est par le biais d’un canal sûr, TurkStream ». Selon Sergey Kapitonov, spécialiste du « Centre pour la transition énergétique » et du « GNE » de Skoltech, la Hongrie occupe une place stratégique dans le réseau énergétique européen. En cas de perturbations le long de la route ukrainienne pendant l’hiver – car le gaz passant par ce gazoduc est également acheminé vers la Slovaquie et l’Autriche – Budapest pourrait être en mesure d’aider ses voisins en fournissant du gaz à partir d’installations de stockage souterraines tout en empochant un bénéfice.

Inspection de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique à Zaporozhe

L’AIEA, dont la mission d’enquête est arrivée à la centrale nucléaire de Zaporozhye (ZNPP) le 1er septembre, prévoit d’assurer une présence permanente dans l’installation. Cette idée a été soutenue par Moscou. Selon ses représentants, cela devrait contribuer à faire cesser le bombardement de la centrale nucléaire, écrit « Izvestia ». L’administration militaro-civile locale a déclaré au journal que la mission permanente pourrait comprendre trois personnes qui travailleraient à tour de rôle. Les négociations autour de la visite de l’AIEA à la centrale de Zaporozhye se sont poursuivies tout au long du mois d’août. À la fin du mois, les inspecteurs ont reçu des garanties de sécurité de la part de la Russie et de l’Ukraine. La mission a quitté Kiev tôt le matin du 31 août et, en milieu de journée, elle est arrivée à Zaporozhye avec l’intention de visiter la centrale le 1er septembre. Les inspecteurs ont dû passer par de nombreux points de contrôle, traverser la ligne de contact et atteindre le territoire russe. Ce jour-là, une nouvelle escalade s’est produite à Zaporozhye. La partie ukrainienne avait prévu que l’armée russe, qui se rassemblait dans les environs de Kherson, n’aurait pas le temps de réagir à un débarquement soudain, et que l’usine, une fois aux mains de Kiev, deviendrait un point d’appui ukrainien. Personne n’aurait tenté de la prendre d’assaut, et la mission de l’AIEA aurait été accueillie par des délégués ukrainiens, a expliqué l’expert militaire Dmitry Boltenkov au quotidien « Izvestia ». L’armée de l’air russe a détruit les embarcations utilisées par des commandos ukrainien, leur causant de lourdes pertes en hommes et en matériel. Il a fallu un peu plus de trois heures aux inspecteurs pour inspecter la station le premier jour. Une partie de la délégation, ainsi que le directeur général de la centrale, sont repartis. Le chef de l’AIEA, Rafael Grossi a confirmé qu’il envisageait d’établir une présence permanente de l’agence à la centrale de ZNPP, une nouvelle accueillie positivement par Grigory Karasin, président de la commission des affaires étrangères du Conseil de la Fédération.

Nouveau rêve du G7 : limiter le prix de vente du pétrole russe

Ce vendredi 2 septembre, les ministres des finances du G7 ont annoncé un plan visant à mettre en œuvre un plafonnement du prix du pétrole russe. Le plan consiste à maintenir le prix du pétrole russe entre 40 et 60 dollars en échange d’un transport légal et d’une assurance. Jeudi, le vice-premier ministre Alexandre Novak a déclaré que la Russie refuserait tout simplement de vendre son pétrole à des prix non conformes au marché. Des experts interrogés par le quotidien « Nezavisimaya Gazeta » ont déclaré qu’ils pensaient que le plan américain visant à faire pression sur Moscou avait peu de chances de fonctionner car les gros importateurs hésitent à s’y associer. En outre, la suspension des livraisons de pétrole russe risque de faire grimper les prix mondiaux en flèche. De son côté, Nikolay Vavilov, expert au département de recherche stratégique de Total Research, faisait remarquer que « Jusqu’à présent, nous ne parlons que de sept pays qui n’achètent de toute façon pratiquement pas de pétrole russe ». Mais surtout, il y a peu de chances de convaincre la Chine et l’Inde de donner suite à la proposition. Pour Marcel Salikhov, directeur du Centre d’analyse économique de l’École supérieure d’économie, « Les questions clés sont la liste des nations qui peuvent adhérer à l’accord et la méthode de contrôle. Si la Chine et l’Inde n’y adhèrent pas, la probabilité qu’un tel accord soit mis en œuvre est assez faible ».