Comme annoncé précédemment, la chancelière allemande était donc au Kremlin ce samedi 11 janvier pour une réunion de travail. Cette rencontre ayant été annoncée avant le meurtre du général iranien Soleimani, le porte-parole du président russe, a cru bon de préciser, il y a quelques jours, que la rencontre ne porterait pas spécialement sur la situation en Iran et en Irak, mais sur l’ensemble des problèmes internationaux de l’heure.

Les grandes chaines de télévision russes ont ouvert largement leurs antennes à l’événement, comme pour s’assurer que chacun se rendrait compte de l’importance de la rencontre.

Lors de la conférence de presse des deux dirigeants, diffusée en direct, nous avons appris, sans surprise qu’à propos de l’Ukraine, l’Allemagne et la Russie s’en tenaient aux accords de Minsk et aux résultats de la réunion du « format Normandie » qui a eu lieu à Paris début décembre.

Tout ceci pour préparer l’annonce suivante beaucoup plus importante : la poursuite de la construction du gazoduc « North Stream II » visé par des sanctions américaines. On se souvient que, suite à la lettre de menaces envoyée par deux sénateurs américains, la société suisse « Allseas », qui assurait la pose des tubes au fond de la mer Baltique, avait immédiatement renoncé à poursuivre la construction, par crainte de sanctions. Vladimir Poutine a donc annoncé que la Russie terminerait la pose elle-même et que cela impliquait un retard de quelques mois sur les prévisions. De son côté, Angela Merkel a répété qu’il s’agissait d’un projet économique et que, par conséquent, elle ne voyait pas la raison des sanctions américaines. Elle a d’ailleurs ajouté qu’elle ne voyait pas en quoi la fourniture de gaz impliquerait une dépendance de l’Allemagne vis à vis de la Russie.

Ainsi donc, la chancelière allemande est allée à Moscou, pour envoyer aux aux dirigeants américains le message que ce projet était une affaire germano-russe et qu’aucun des deux partenaires ne cèderait aux intimidations des Etats-Unis. Il est évident que ceci renforce très substantiellement le refus allemand de plier face à Washington.

Afin de bien insister sur le désir nouveau d’indépendance allemande face aux Etats-Unis Madame Merkel a annoncé aussi une conférence sur la paix en Libye qui se tiendrait en Allemagne. Vladimir Poutine a déclaré qu’il soutenait pleinement cette décision. Peu de temps après, la Russie et la Turquie ont annoncé une trêve en Libye à compter de ce dimanche, décision prise suite à une nouvelle conversation téléphonique entre les deux chefs d’Etat.

On voit donc se confirmer une nouvelle tendance, en Allemagne, comme en France, à prendre quelques distances avec l’allié américain dans les affaires du monde. Les journalistes allemands présents sur place ont d’ailleurs insisté sur l’ambiance beaucoup plus détendue que lors de rencontres germano-américaines. Ceci est à rapprocher de la réflexion du secrétaire d’Etat Mike Pompeo qui trouvait, au lendemain du meurtre du général Soleimani, que les Européens n’avaient pas été d’une grande aide…

Cela confirme également que, face à la politique étrangère de plus en plus imprévisible et dangereuse des Etats-Unis, la Russie est maintenant en train de devenir le principal médiateur dans les affaires du monde.