En septembre dernier, le Parlement européen a voté une motion concernant l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Cette résolution expose que le traité de non-agression (Molotov-Ribbentrop) signé en 1939 a mené au déclenchement de la guerre, ce que la Russie nie formellement.

Vladimir Poutine a fait remarquer que l’Union Soviétique n’était pas le seul pays à avoir signé un accord avec l’Allemagne.

Ce sont maintenant la Pologne et les Pays Baltes qui, dans un reversement de raisonnement devenu malheureusement courant de nos jours, accusent la Russie de chercher à réécrire l’histoire. A Moscou, on pense que l’objectif de la Pologne est de modifier l’histoire afin qu’elle « cadre » mieux avec la situation politique actuelle dans laquelle des dirigeants occidentaux remettent en cause le rôle de l’Union Soviétique dans la victoire sur le Nazisme.

C’est en particulier ce que pense le sénateur Pouchkov que nos lecteurs connaissent bien. Alexeï Pouchkov est membre du Conseil Fédéral, président de la commission pour les relations avec les médias et membre du Comité sur la Constitution. Il explique dans une interview au site Sputnik en anglais que, selon lui, la réaction du côté russe tient au fait que l’alliance occidentale cherche à mettre en doute le statut de pays vainqueur de la Deuxième Guerre mondiale qui est celui de la Russie. L’objectif de pays comme la Pologne ou les Pays Baltes est de remettre en cause tout le système politique international de l’après-guerre. « Si on arrive à faire admettre que la Russie partage avec l’Allemagne nazie la responsabilité du déclenchement de la guerre, elle perd le droit moral à être considérée comme vainqueur de cette guerre ».

Il s’agit donc, au-delà de la remise en cause de l’histoire et de l’attaque portée à l’image de la Russie, d’une remise en cause de tout le système international de l’après-guerre dans lequel la Russie fait partie des puissances victorieuses, membre du Conseil de sécurité de l’ONU avec le même droit de véto que l’Angleterre, les Etats-Unis, la France et la Chine, les puissances victorieuses de la Deuxième Guerre mondiale. Comme il est impossible de nier que ce sont bien les troupes soviétiques qui ont libéré Berlin (c’est le drapeau rouge qui a flotté sur le toit du Reichstag), on s’en prend aux origines de la guerre, en essayant d’expliquer que cette guerre n’aurait pas commencé s’il n’y avait pas eu de traité entre l’Union Soviétique et l’Allemagne.

Pour Alexeï Pouchkov, « il s’agit d’un conflit politique qui a un impact direct sur l’ordre mondial d’après-guerre et c’est pourquoi il est si important. C’est beaucoup plus qu’une discussion entre historiens ». Il y a longtemps que certains historiens, en particulier des historiens occidentaux, expliquent que la Deuxième Guerre mondiale n’aurait pas été déclenchée sans le pacte « Molotov-Ribbentrop ». Mais c’est la première fois que des hommes politiques se sont emparés de l’argument. Le président polonais Andrzej Duda l’a fait, il a été suivi par le président ukrainien Volodomyr Zelenski. « C’est une façon de saper la position de la Russie et il faut s’intéresser à l’origine de ces attaques. La période d’avant-guerre est beaucoup plus complexe et ambiguë que ne le présentent les adversaires de la Russie et la responsabilité de la Pologne et de certains pays européens dans le déclenchement de la guerre est très importante », dit le sénateur russe.

Le président français, est lui-même entré dans ce débat lors de son récent voyage en Pologne et a mentionné la tentative de la Russie de faire porter la responsabilité du déclenchement de la guerre à la Pologne. Pour Alexeï Pouchkov, « il est faux de dire que nous essayons de faire porter la responsabilité à la Pologne. Nous faisons porter cette responsabilité à l’élite politique polonaise qui dirigeait le pays dans les années 30, qui a été la première à signer un pacte de non-agression avec Hitler en 1934 et qui a participé au partage de la Tchécoslovaquie dont elle a reçu une partie de territoire après la conspiration de Munich qui a livré la Tchécoslovaquie à Hitler. Ce sont eux que nous condamnons ».

Il faut toutefois noter, en ce qui concerne le président français, qu’il n’a pas accusé la Russie d’être responsable du déclenchement de la guerre, il a même clairement indiqué qu’il était en désaccord avec les accusations polonaises.

L’ordre mondial de l’après-guerre a été adopté à la conférence de Potsdam et dans la charte des Nations Unies. La conférence et la Charte des Nations Unies étaient fondées sur le fait que les cinq puissances victorieuses de la guerre avaient un rôle spécial à jouer dans l’après-guerre. Les chefs d’états occidentaux qui sapent l’organisation internationale issue de la guerre sont, en fait, en train de saper leur propre position.

Le sénateur Alexeï Pouchkov est l’auteur du livre « Le jeu russe sur l’échiquier global », paru chez ODM Editions, dans la collection « Alliance Franco-Russe ».