Au moment où le candidat LRM à la mairie de Paris vient de démissionner, à cause de dénonciations vraies ou fausses, mais lancées par un ressortissant russe, on nous présente à nouveau un complot orchestré par Poutine et ses réseaux russes.

Toujours les russes, toujours Poutine ! Toujours les russes et Poutine !

A vrai dire, la campagne anti-russe est, pour le moment, moins violente que ce à quoi les médias dominants nous ont habitués ces dernières années.

Interrogée pour savoir si cette affaire relevait d’une manipulation politique plus importante, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye a répondu « c’est un peu tôt pour le dire parce que l’enquête ne fait que démarrer », avant d’ajouter tout de même : « Moi je ne veux pas verser dans le complotisme, néanmoins, je remarque qu’il y a quand même une certaine forme de technicité pour mettre en œuvre tout cela, le fait de construire un site Internet, le fait d’écrire en français parfaitement alors que manifestement, Piotr Pavlenski parle certes français, mais avec quelques difficultés. Donc il a sans doute été aidé, je ne suis pas sûr que ce soit le personnage central de cette affaire ».

Le secrétaire d’État au numérique Cédric O a, lui, assuré sur France Info ne disposer « à ce stade » d’aucune information qui laisse penser qu’il pourrait y avoir autre chose qu’un agissement personnel. « Nous n’avons aucune preuve ni aucun indice qui nous laisse penser que la Russie soit impliquée », a ajouté le ministre.

Le ton est moins réservé sur LCI où on parle de « kompromat », tiens, un mot russe. Et on nous explique que le « kompromat », ou « dossier compromettant », vise à discréditer une personne en divulguant des vidéos à caractère sexuel, volées ou tournées à l’insu de la victime. Technique inspirée par les modes d’action des services secrets russes, pendant la guerre froide, elle pourrait avoir été utilisée à l’encontre de Benjamin Griveaux. Comme s’il s’agissait d’une spécialité exclusivement russe !

« La Dépêche » titre : « Poutine derrière l’affaire Griveaux ? » Et pour la « spécialiste de la Russie » Hélène Blanc, interrogée par le journal, « aucune piste n’est à exclure ». Ah ces « spécialistes » auto proclamés de la Russie !

De son côté, Richard Malka, l’avocat de Benjamin Griveaux déclarait : « J’entends beaucoup parler de Russie dans cette affaire […] J’ai pas (sic) d’élément pour porter d’accusation contre qui que ce soit [mais] on peut toujours se poser la question, à qui ça profite ? »

Et bien justement, posons-nous la question : Quel intérêt pour la Russie:

1) De s’immiscer dans les municipales à Paris ?

2) De choisir, indépendamment du vrai ou du faux de cette affaire, comme victime un candidat macroniste au moment même où l’on observe un dégel notable dans les relations franco russes et entre Macron et Poutine en particulier ?

3) A qui cela profite-t-il ? Ou plutôt qui a intérêt à saboter les relations franco-russes en cours d’amélioration ?

A milieu de cette affaire, nous trouvons effectivement un Russe et qui plus est, un « artiste d’une trentaine d’années, opposant à Poutine », réfugié en France. Piotr Pavlenski, car s’est de lui qu’il s’agit, est arrivé en France début 2017 et il a obtenu le droit d’asile en mai de la même année, au motif qu’il était injustement poursuivi par la justice russe pour avoir mis le feu à l’entrée de l’immeuble du FSB à Moscou. Il s’était déjà distingué en pratiquant l’auto mutilation publique à plusieurs reprises. Il s’est ainsi cousu la bouche, coupé une oreille, cloué le scrotum sur la Place Rouge devant le mausolée de Lénine ou enroulé nu dans du fil de fer barbelé à Saint-Pétersbourg…

Il s’est ensuite distingué en France en mettant le feu à la façade d’une succursale de la Banque de France (3 ans de prison dont deux en sursis).

Voilà le personnage ! Sa place est-elle en prison ou en service psychiatrique ?
C’est pourtant l’homme présenté par certains comme la cheville ouvrière des services russes !

N’est-ce pas ridicule ?

Comme le fait remarquer le Professeur Raviot, de l’université Paris X, réagir ainsi à ce qu’a fait Pavlenski : « C’est bien mal connaître la culture politique de l’ultra-radicalité nihiliste russe, qui ne date pas d’hier, ni d’avant-hier (voir le meilleur roman sur ce sujet, écrit par Leskov au XIXe siècle), et c’est ne pas voir toute la cohérence de l’action performante et militante de Pavlenski, d’une limpide continuité ». En d’autres termes, il était tout à fait prévisible qu’il s’en prendrait à des hommes politiques, sans avoir besoin d’instructions, et surtout pas du FSB qu’il exècre.

On sombre une fois de plus dans le ridicule, comme chaque fois, quand les russophobes attitrés que l’on connaît en France, inventent des arguments fantaisistes pour charger la Russie et son Président. Poutine, le « grand spécialiste de tous les maux de la terre ».

Ce n’est pas Pavlenski qui « dérive » et s’égare, mais bien ceux qu’il dénonce…