A ceux qui n’ont pas pris connaissance de cet Atlas qui fait figure de classique, la quatrième édition en donnera l’occasion. Pascal Marchand met l’accent sur l’essentiel ; ainsi à la veille de la célébration du 75e anniversaire de la fin de la Grande guerre patriotique, il rappelle, convient-il d’insister une fois de plus, que si les Américains ont eu 280 000 morts en Europe, l’URSS en a eu 27 millions et il est des familles qui en ont compté plusieurs.

Il a rénové son appareil statistique qui souvent, s’arrête en 2017 ou 2018. Ainsi en est-il des exportations russes, qui en 2018 se sont élevées à 450 milliards de dollars, dont 207 milliards pour le pétrole et 49 pour le gaz. Cependant ses données démographiques, datent quelque peu, ainsi en est-il également du chiffre des accidents de la route ; il écrit que l’on a enregistré jusqu’à 30.000 décès par an, chiffre qui se situe autour des 20.000 depuis. De même, la consommation d’alcool pur par an a baissé de 30% et n’est plus de 15 à 18 litres mais plutôt de 12 à 13 litres, ce qui la met en dessous de celle de la France !

Il passe par ailleurs en revue les principaux secteurs clefs de la Russie, retour des ambitions spatiales, puissance nucléaire, qui mobilise 250.000 personnes et dont la Russie est devenue leader mondial à l’exportation, remportant 35% du marché mondial, certes anémié après 2011. Alors qu’à peu près partout, la part du nucléaire, dans la production électrique est à la baisse, le plan fédéral russe en prévoit la hausse constante de 15% en 2017 à 25% en 2020, et 45 à 50% en 2050. Moscou a bien « reçu » le message de l’AIE : pas de lutte contre le changement climatique possible sans un apport substantiel du nucléaire.

En dehors de la Belt and Road initiative, la Russie se connecte de plus en plus au monde, par la construction de ports, prévoyant une capacité d’un milliard de tonnes en 2030, ( on a atteint 800 millions en 2018), le développement de la Voie maritime du Nord, les travaux en cours du Corridor nord-sud, de la Baltique à la Caspienne. Signalons au passage que la France n’est que le 12e partenaire commercial de la Russie, (2,5% du marché), loin derrière l’Allemagne (8,7%), les Pays-Bas (6,9%), l’Italie (3,9%) ou la Pologne (3,1%).

La deuxième partie, la plus copieuse, est consacrée aux intérêts géostratégiques de la Russie et passe en revue, la Russie et le monde, la puissance militaire russe, (budget militaire de 61 milliards de dollars en 2018), la Russie et l’OTAN, l’Union européenne. Mais c’est la présentation des topos qui est la plus éclairante ; avec l’isthme mer Baltique-mer Noire espace d’affrontement, les composantes des partenariats stratégiques (Union économique eurasiatique, UEEA, CEI, Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), alliance des BRIC, Organisation de coopération de Shangaï (OCS). Que de lieux clefs, Kaliningrad, enclavée dans l’UE, Ukraine, Moldavie et Transnistrie, poudrière caucasienne, les Balkans vus de Moscou, les relations avec la Turquie et l’Iran, le Kazakhstan, l’Asie centrale, l’Arctique. Le trafic de la Voie maritime du Nord s’est rapidement développé, il a atteint 20 millions de tonnes en 2018, et l’on escompte une centaine de millions entre 2030 et 2040.

Comme Pascal Marchand l’écrit en conclusion, l’Europe se trouve à la croisée des chemins. La Commission a exclu la proposition russe de négociation pour une association conjointe de l’Ukraine aux deux zones de libre-échange et a écarté toutes les propositions russes d’établissement d’une zone de libre échange UE-Russie-Turquie. Hormis, Total, les Occidentaux se sont exclus des hydrocarbures russes. Le nœud gordien des sanctions de 2014, sera-t-il un jour tranché, une entente plus approfondie entre Russie et OTAN est-elle envisageable à terme, comment faire pour que la Russie ne se tourne pas de plus en plus vers la Chine ? Telles sont les questions de pur bon sens que se pose Pascal Marchand, qui n’a pas pu intégrer les derniers développements (ouverture de Macron vis-à-vis de Moscou, impact du coronavirus, avancées sur l’Ukraine après la rencontre du format de Normandie à Paris, le 9 décembre dernier).