Il y a peu, l’OTAN a sorti sa stratégie 2030, qui ressemble à s’y méprendre aux autres, la Russie est toujours l’ennemi premier et direct, la Chine un danger potentiel. Bref, l’OTAN s’affirme sans complexe, comme bras armé des intérêts globalistes. La Russie souligne la détérioration de la coopération militaire, réduite à néant par les efforts constants de l’OTAN, qui en toute logique, n’a pas besoin d’une coopération avec « l’ennemi », mais d’une reddition, ce que la Russie n’envisage pas. Bref, l’OTAN est en pleine stagnation, sans ennemi elle n’a aucun sens et le fameux danger russe a de plus en plus de mal à convaincre, à tel point qu’un groupe d’officiers français a envoyé une lettre au Secrétaire général de l’OTAN, dénonçant l’instrumentalisation de la soit-disant « menace russe » pour soumettre les Européens aux intérêts américains, rappelant que c’est bien l’OTAN qui dès les années 90 se déplace vers les frontières russes et qui a refusé toutes les propositions d’un pacte de sécurité européen faites par la Russie. Lentement, mais sûrement, le voile de l’illusion se déchire … sur un souverain otanesque dénudé.

Le ministère russe des Affaires étrangères, suite aux nouvelles (mais rituelles) déclarations de l’OTAN faisant de la Russie une menace pour l’Europe, qui est censée toujours attendre l’invasion et les missiles et donc, logiquement, accueille, cette fois réellement, de plus en plus de missions militaires américaines, a dénoncé la volonté persistante de l’OTAN de déconstruire tous les mécanismes de coopération militaire, réduisant à néant le format Russie-OTAN. 

Ce manque de volonté s’accompagne d’une extension permanente vers les frontières russes depuis la chute de l’URSS, avec la démultiplication des entraînements, le déploiement des systèmes anti-missiles ABM américains – tournés vers la Russie, des bases militaires américaines, etc. Le directeur du Renseignement extérieur russe a même déclaré qu’ils avaient reçu l’information, il y a un an de cela, selon laquelle les services de renseignement des pays de l’OTAN s’étaient réunis sur le sol d’un pays européen (qui n’est pas l’Allemagne) pour discuter de la manière de relancer et soutenir les mouvements d’opposition en Russie, allant même jusqu’à envisager le recours aux victimes sacrificielles.

Ainsi, dans la démarche de l’OTAN, la Russie est réellement devenue l’ennemi, non pas l’ennemi rhétorique, mais l’ennemi à combattre, existentiel. Cette attitude modifie radicalement le système de sécurité en Europe, qui se transforme en zone de conflit potentiel pour servir les intérêts globalistes – contre la Russie. 

Mais cela est-il réellement de l’intérêt européen ? L’on peut sérieusement en douter. Et une lettre, fort peu médiatisée, de hauts gradés de l’armée française a été envoyée à Stoltenberg, qui finalement fait comprendre que le Roi est nu, l’armée nationale n’est pas là pour défendre les intérêts d’une autre puissance au prix de la sécurité de la population, au prix de la souveraineté du pays. Cette lettre, à lire absolument, a été intégralement publiée par Capital (disponible ici). En voici certains extraits :

(…) D’entrée, il apparaît que toute l’orientation de l’OTAN repose sur le paradigme d’une double menace, l’une russe, présentée comme à l’œuvre aujourd’hui, l’autre chinoise, potentielle et à venir. Deux lignes de force majeures se dégagent de cette étude.

La première, c’est l’embrigadement des Européens contre une entreprise de domination planétaire de la Chine, en échange de la protection américaine de l’Europe contre la menace russe qui pèserait sur elle.

La deuxième, c’est le contournement de la règle du consensus, de plusieurs manières: opérations en coalitions de volontaires; mise en oeuvre des décisions ne requérant plus de consensus; et surtout la délégation d’autorité au SACEUR (Commandant Suprême des Forces Allièes en Europe, officier général américain) au motif de l’efficacité et de l’accélération de la prise de décision. 

Mais la lecture de ce projet «OTAN 2030» fait clairement ressortir un monument de paisible mauvaise foi, de tranquille désinformation et d’instrumentalisation de cette « menace Russe », «menace» patiemment créée puis entretenue, de façon à «mettre au pas» les alliés européens derrière les États-Unis (…). il est important de faire le point sur les causes et la réalité de cette menace russe (…).

C’est bien l’OTAN qui, dès les années 1990, s’est lancée à marche forcée dans son élargissement vers l’est, certes à la demande des pays concernés, mais malgré les assurances données à la Russie en 1991 lors de la signature du traité de Moscou (2), et qui d’année en année a rapproché ses armées des frontières de la Russie, profitant de la décomposition de l’ex URSS.

C’est bien l’OTAN qui en 2008, forte de sa dynamique «conquête de l’est», refusa la main tendue par la Russie pour un nouveau « Pacte de sécurité européen » qui visait à régler les conflits non résolus à l’est de l’Europe (Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du Sud), en échange d’une certaine neutralité de la Géorgie, de l’Ukraine, de la Moldavie – c’est à dire de l’immédiat « hinterland » russe – vis-à-vis de l’OTAN.

Et c’est toujours avec ce même esprit conquérant, perçu comme un réel étranglement par la Russie, qu’il a été choisi, en 2010, d’encourager les graves troubles de l’« Euromaïdan », véritable coup d’état qui a abouti à l’élimination du président ukrainien légalement élu,  jugé trop pro-russe, en vue de continuer la politique de rapprochement de l’Ukraine avec l’OTAN.

Alors oui, Monsieur le Secrétaire général, au terme de ces vingt années d’efforts soutenus de la part de l’OTAN pour recréer « l’ennemi russe», indispensable à la survie d’une organisation théoriquement purement défensive, oui, la Russie a fini par se raidir, et par chercher à l’Est la coopération que l’Ouest lui refusait. (…)

(…) ce qui est visé désormais à travers ce nouveau concept OTAN 2030, est un projet beaucoup plus vaste: à savoir impliquer l’Alliance atlantique dans la lutte pour l’hégémonie mondiale qui s’annonce entre la Chine et les États-Unis. (…) C’est parce que cette organisation lorsqu’elle a perdu son ennemi, n’a eu de cesse que de se lancer à corps perdu dans la justification politique de la préservation de son outil militaire, en se reforgeant son nouvel ennemi russe, qu’elle tend aujourd’hui à devenir un danger pour l’Europe.

Alors non, Monsieur le Secrétaire général! Il faut stopper ce train fou, avant qu’il ne soit trop tard! La France, quant à elle, dans le droit fil des principes énoncés voici plus d’un demi-siècle par le général de Gaulle, ne saurait, sans faillir gravement, se prêter à cette entreprise d’une acceptation aventureuse de la tutelle américaine sur l’Europe.

L’OTAN se retrouve dans la même impasse que les Etats-Unis de Biden : ils n’ont pas besoin d’une coopération avec leurs alliés, car ils n’ont pas d’alliés, mais des Etats satellites qu’ils dominent et qui n’ont qu’un seul droit – celui d’obéir ; ils n’ont pas besoin d’une coopération avec leurs ennemis, mais d’une reddition, sans prendre le risque d’un conflit réel, pour lequel ils ne sont (heureusement) pas prêts. Finalement, ils ne sont forts que parce qu’ils sont obéis. La Russie leur est nécessaire dans la position de l’ennemi, cet ennemi qui permet de tenir une unité de circonstance, faute d’un partage réel des intérêts entre les membres d’un même clan. Et certaines voix commencent à s’élever en se demandant quel est le fondement d’une telle obéissance aveugle…

Source Russie politics