Je ne pensais pas, écrire jamais une phrase comme celle-là. Ce n’est pas que je considère que Monsieur le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères ait toujours tort, non, personne n’est parfait. Mais il se trouve que mon centre d’intérêt principal étant les relations entre la France et la Russie, c’est dans ce cadre-là que le titre de cet article a quelque chose de hautement surprenant. Mais il faut savoir se rendre à l’évidence.

Ainsi, donc, Jean-Yves Le Drian a déclaré hier que Vladimir Poutine était un voisin « encombrant » et « parfois dangereux » (oui, c’est ainsi que l’on parle de chefs d’état étrangers au Quai d’Orsay). Passons donc sur le ton et le vocabulaire, et intéressons-nous au fond du problème. Un président qui affirme dans son discours à l’Assemblée Fédérale : « Les valeurs morales et Spirituelles que certains pays oublient, au contraire, nous ont rendu plus forts, et nous allons toujours soutenir et défendre ces valeurs », peut, effectivement, paraître « encombrant » dans un pays ou la laïcité est la nouvelle religion d’état. Ne parlons pas de la constitution russe qui prévoit que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme ! Il faut tout de suite prendre ses distances sinon on risque des problèmes avec certaines minorités qui, en Occident, veulent être traitées comme des majorités.

Comment ne pas trouver « encombrant », un voisin qui explique qu’à la faveur de la récente épidémie, « la famille, l’amitié, l’assistance mutuelle et la compassion ont pris le devant de la scène », dans le pays qui a réprimé le mouvement des Gilets jaunes avec la violence que l’on sait.

D’autant que maintenant, ce voisin « encombrant », a le front d’expliquer que la triade nucléaire russe serait renouvelée à 88% d’ici la fin de l’année, que la part de l’armement moderne dans l’armée russe dépassera 75% en 2024 et que « ceux qui dépasseront les lignes rouges le regretteront comme ils n’ont jamais rien regretté ».

Mais, au fait, où sont ces lignes rouges ? Eh bien, la Russie fixera elle-même les lignes rouges au cas par cas.

Avouez, les relations risquent de devenir parfois dangereuses si on ne peut plus tranquillement critiquer, donner des leçons, faire des manœuvres militaires près des frontières russes ou imposer des sanctions !

Eh oui, Monsieur le ministre, voilà, effectivement, qui va rendre le maintien des relations actuelles avec la Russie « parfois dangereux ».