J’ai longtemps hésité à matérialiser quelques impressions de retour de Russie. Il y avait d’abord le sentiment qu’on ne convainc bien et qu’on ne s’adresse bien avec succès qu’à ceux qui sont déjà convaincus. Il y avait aussi celui que la mode du récit de retour de Russie est égotiste et un peu prétentieuse : sur quelle Russie écrit-on ? celle que l’on a rencontrée tout au plus et inévitablement de la manière dont on s’est soi-même projeté… Il y avait enfin le sentiment que, si le mouvement de mieux faire connaître un pays pour rétablir de bons sentiments à son égard est une motivation louable et défendable, la Russie n’est pas essentiellement mésaimée parce qu’elle serait méconnue.

Pourtant de nombreux hauts et bas dans les relations internationales vs. la Russie me tançaient : en avril 2018, les frappes d’une coalition occidentale contre la Syrie, mettant de facto en joue les dispositifs de défense anti-aérienne au sol, d’origine russes, le bras de fer prenait, n’eut-ce été la prudence militaire russe, des allures de crise des missiles sur Cuba en 1962. En décembre 2019, les tensions, sous forme de frotti-frotta, se déplacent en Mer Noire lorsqu’un navire de renseignement français s’approche des rivages de la Crimée. À chaque fois, le discours anti-russe atteint un sommet. Chaque épisode est pour Moscou un nouveau test de sa capacité à différencier la rodomontade militaire de ce qui pourrait bien être les prémisses d’une étreinte létale, combinée et planifiée. Chaque épisode a ceci d’alarmant qu’il renvoie aux figures des incidents qui ont toujours précédé une déflagration plus vaste, généralisée et durable.

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