– La Russie a annoncé cette semaine la création de vingt unités militaires supplémentaires à sa frontière ouest. L’annonce a été faite par le ministre des armées, Serguei Choïgou. Il s’agit, selon lui, de répondre à l’activité des pays de l’Otan (États-Unis en tête) près des frontières du pays. Il a, notamment, mentionné l’intensité des vols et la présence de navires militaires. « Les actions de nos collègues occidentaux, ruinent le système de sécurité dans le monde, et nous poussent à adopter des mesures de réaction adéquates. Nous perfectionnons en permanence nos effectifs opérationnels ».

– Interrogé en marge du forum économique de Saint Pétersbourg, Vladimir Poutine a donné son point de vue sur l’agenda de sa prochaine rencontre avec Joseph Biden, à Genève, le 16 juin prochain. « Nous allons parler de nos relations bilatérales. Nous devons trouver le moyen de stabiliser ces relations qui, aujourd’hui, nous le savons tous, sont à un niveau extrêmement bas. Nous allons parler de stabilité stratégique, du contrôle des conflits internationaux dans les points chauds. Nous parlerons aussi, je l’espère de désarmement et de lutte contre le terrorisme, de la pandémie et de questions environnementales ». Des sources russes nous ont indiqué qu’au départ, les Etats-Unis ne désiraient pas d’ordre du jour. Ils ont donc changé d’avis. Ce qui n’est pas très clair pour le moment, c’est ce que seront les relations avec la presse. Le côté suisse a ouvert les accréditations pour les journalistes, mais cela n’engage qu’eux. La partie russe aurait souhaité une conférence de presse commune des deux présidents après la rencontre. La partie américaine n’a pas pris officiellement position pour le moment, même s’il se dit qu’elle n’est pas favorable à une telle forme de conférence de presse, qui la priverait de la possibilité « d’enjoliver » le contenu des discussions. Joseph Biden a annoncé dimanche qu’il ferait pression sur Vladimir Poutine au sujet de la situation des droits de l’homme en Russie lors de la rencontre de Genève. Il serait dommage de rater la réponse du président russe, dans ce domaine.

– Vladimir Poutine a participé cette fin de semaine au « Forum Economique de Saint-Pétersbourg », où il a prononcé un discours. L’agence Tass a résumé l’intervention présidentielle de la façon suivante :

Perspectives de croissance : bien que l’économie mondiale vienne de connaître la contraction la plus importante depuis la deuxième Guerre mondiale, on peut dire que la croissance du PIB global atteindra des niveaux jamais vus depuis les années 70. Mais la progression est inégale ce qui risque d’engendrer des risques politiques, économiques et sociaux.

Distribution des vaccins : pour le moment, des centaines de millions de personnes n’ont pas accès aux vaccins parce que leur pays n’a pas la technologie nécessaire, ni les laboratoires de production, ni les possibilités financières d’acheter des vaccins à l’étranger. Malheureusement, jusqu’à présent, ceux qui auraient la possibilité de les aider n’ont pas fait grand-chose.

Vaccination des étrangers : le gouvernement doit envisager la possibilité d’organiser une vaccination payante d’étrangers en Russie. D’autre part, le gouvernement fédéral et les autorités locales ont reçu pour instruction d’organiser la vaccination des travailleurs étrangers sur le sol russe.

Achèvement de « Nordstream II » : « J’ai le plaisir de vous annoncer que la première ligne de Nordstream II vient juste d’être terminée. Le travail se poursuit sur la deuxième ligne. Gazprom est prêt à alimenter le gazoduc. Nous sommes prêts à envisager la réalisation de tels projets avec d’autres partenaires européens ou ailleurs dans le monde. Nous espérons que la logique de l’intérêt mutuel l’emportera sur les barrières artificielles créées dans la situation politique actuelle ».

Protection de l’environnement : On dit parfois que la Russie n’est pas intéressée par la protection de l’environnement. C’est un mensonge. Nous nous sommes fixé comme objectif de diminuer l’émission par la Russie de gaz à effet de serre à un niveau inférieur à celui de l’Europe, dans les trente prochaines années. C’est un objectif ambitieux, mais atteignable. Le gouvernement va annoncer un plan détaillé d’action au mois d’octobre 2021. Nous devons mettre de côté les différents politiques et ne pas faire de la transition à la neutralité carbone, un outil de concurrence déloyale.

Prêts immobiliers bonifiés : le système russe de prêts immobiliers bonifiés était une mesure anti crise, mais il ne faut pas l’abandonner brutalement. Il sera donc prolongé jusqu’au 1er juillet 2022 avec des conditions légèrement modifiées.

Système de paiement rapide : toutes les banques importantes devraient joindre le système de paiement rapide avant le 1er septembre. Les petites et moyennes entreprises qui utiliseront le système pour leurs ventes de biens et services à des particulier seront remboursés des frais prélevés par ce système. Les banques recevront également ce remboursement.

Développement régional : chaque région devra déterminer ses secteurs privilégiés de développement. Ceci ne concerne pas uniquement les régions, mais aussi les autorités fédérales. L’objectif est de créer une atmosphère de transparence et de prévisibilité, pour les affaires et les investisseurs privés, dans toutes les régions de Russie d’ici 2024.

Contrôle anti monopole : notre objectif est d’adapter les limites des contrôle à la réalité économique actuelle. L’objectif est de ne plus contrôler que les entreprises ayant un chiffre d’affaire supérieur à 800 millions de rouble ($10,9 millions), au lieu de 400 millions actuellement, et les opérations de fusion acquisition supérieures à ce niveau de 800 millions de roubles.

– Vladimir Poutine a également participé à une rencontre avec de directeurs d’agences d’information, dans le cadre du « Forum Economique de Saint-Pétersbourg ». L’agence Tass a résumé l’intervention présidentielle de la façon suivante :

Origines de la pandémie : « Trop de choses ont été dites sur ce sujet, en ajouter de ma part n’aurait aucun sens ».

Influence de la pandémie : « J’espère de tout cœur, que les difficultés que nous avons traversées l’année dernière, nous inciteront à travailler ensembles de façon plus proche, et à éliminer les restrictions à caractère politique, alors que nous devons joindre nos efforts pour le bien-être des peuples, leur vie et leur santé ».

Partenariats : « Je pense que les partenariats entre pays ne doivent pas être dirigés contre d’autres pays.

Relations avec les dirigeants d’autres pays : « Je ne pense pas avoir le droit de juger les autres dirigeants. Si je le faisais, cela nuirait à mes relations avec mes collègues. Nous devons respecter une certaine éthique, dans les relations à ce niveau ».

Ingérence : « Notre loi sur les « agents de l’étranger » vise uniquement à limiter les ingérences dans nos affaires intérieures, comme le font la plupart des pays. Nous poursuivrons dans cette voie. Nous voulons limiter les ingérences étrangères à un niveau minimum. Il n’y a pas de honte à cela ».

Opposition : « Notre opposition, y compris l’opposition non systémique travaille de façon libre. L’essentiel est que toute personne qui s’occupe de politique, ou qui dit s’occuper de politique, respecte la loi de notre pays. Cette obligation s’applique à tous ».

Le futur du dollar : « Mes déclarations à propos du dollar ne veulent pas dire que je souhaite éliminer totalement le dollar comme monnaie de réserve ou moyen universel de paiement. Je veux simplement attirer l’attention sur le fait que les Etats-Unis utilisent leur monnaie nationale pour imposer toutes sortes de sanction ».

Rencontre avec le président américain : « Je n’attends aucune avancée importante de cette rencontre, mais je pense qu’en dépit de nos différents, et j’aimerais mentionner que ces différents ne sont pas le fait de la Russie, nous avons des intérêts convergents. Je pars du principe que le président Biden est un homme politique très expérimenté, il a été en politique pendant pratiquement toute sa vie, et j’espère, par conséquent, que notre rencontre sera constructive ».

Le futur des Etats-Unis : « Le problème des empires est qu’ils pensent être si puissants qu’ils peuvent se permettre des approximations et des erreurs, mais les problèmes s’accumulent, et il arrive un moment où ils ne peuvent plus y faire face. Les Etats-Unis suivent le chemin de l’Union Soviétique et leur démarche est confiante et assurée ».

Relations avec le Royaume Uni : « L’important est de traiter l’autre avec respect et de se faire confiance ».

Coopération avec la Chine : « Vous avez mentionné le traité d’amitié, qui a évidemment joué un rôle important dans nos relations, qui ont atteint un niveau sans précédent dans le domaine de la qualité et du niveau des relations. Mais il se trouve surtout, que la Chine et la Russie ont un grand nombre d’intérêts convergents. C’est cela qui est au cœur de nos relations ».

Nouvelles armes : « La stabilité stratégique est très importante. Nous ne voulons inquiéter personne avec nos nouvelles armes. Nous les avons développées parfois avec un certain succès, mais toutes les grandes puissances font cela. Il se trouve simplement que nous sommes un pas en avant ».

Dénucléarisation de la Presqu’île coréenne : « Nous sommes fermement opposés à la prolifération des armes de destruction massive sur la planète. Nos amis de Corée du Nord le savent bien. Mais la solution n’est pas d’agresser la Corée du Nord ou de lui imposer des sanctions. La solution est de créer les conditions qui garantissent la sécurité de ce pays ».