Le président turc, Recep Tayyip Erdogan était à Sochi mercredi pour une rencontre en tête à tête avec Vladimir Poutine. Les deux présidents ont parlé pendant un peu moins de trois heures. Il n’y a pas eu de communiqué final, ni de conférence de presse. D’après Dmitry Peskov, le porte-parole du Kremlin, la discussion a porté sur le renforcement de la coopération dans les domaines militaires et techniques. Les deux sujets principaux, dans ce domaine ont été les S-400 et la centrale nucléaire d’Akkuyu, où démarre la construction du premier réacteur et où trois réacteurs supplémentaires sont prévus. Les deux présidents ont évoqué la possibilité de construction de deux centrales supplémentaires sur d’autres emplacements.

Ils ont également évoqué une réunion du « Haut Conseil de Coopération Russo-Turc » à Moscou d’ici la fin 2021, si la situation sanitaire le permet. Ce conseil a été créé en 2010 par Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, pour surveiller la mise en œuvre de projets politiques, commerciaux, économiques, culturels et humanitaires communs.

Voilà à peu près tout ce que nous avons appris de la bouche du porte-parole du Kremlin. Il y a pourtant d’autres sujets « brûlants », qui n’ont pas été mentionnés, mais dont il est difficile de croire que les deux présidents ne les aient pas abordés.

Premier sujet : la dernière réunion de l’« Organisation de Coopération de Shanghai », à Douchanbé, où l’Iran a été acceptée comme membre à part entière et où il a beaucoup été question de l’Afghanistan. Or il se trouve que la Turquie est un membre observateur de cette organisation, au même titre que l’Afghanistan. Difficile de penser que l’on n’en ait pas parlé, lors de la rencontre.

Deuxième sujet : la coopération militaire d’Ankara avec Kiev, et la livraison par la Turquie de drones qui pourraient être utilisés contre Donetsk et Lougansk.

Troisième sujet, le plus important : Idlib. Sur ce sujet, pas un mot de la part de Dmitry Peskov. Pourtant comment imaginer que les deux présidents n’en aient pas parlé ? Serguei Lavrov l’avait abordé en marge de l’Assemblée Générale de l’ONU : « Le problème de l’obligation d’Ankara de combattre les groupes terroristes dans la province d’Idlib sera examiné en détail. Il est évident que cette obligation est mise en œuvre très lentement ». Une façon pleine d’euphémisme d’aborder le problème de deux positions antagonistes, alors que la Russie bombarde en ce moment, les éléments terroristes d’Idlib et que la Turquie continue à protéger les « rebelles modéré ». Des modérés, qui lançaient récemment encore des drones sur la base aérienne russe de Hmeimim. De son côté, la Turquie a quelque trois mille militaires sur le terrain et environ 60 postes d’observation, alors que l’Armée Arabe Syrienne (SAA), piaffe en attendant d’attaquer. Ankara ne veut à aucun prix que Damas ne reprenne le contrôle de cette province syrienne qui est, selon Serguei Lavrov « le dernier avant-poste terroriste » du pays.

Comme souvent, les sujets les plus importants sont ceux dont on ne parle pas. La réunion n’a apparemment pas apporté de solutions immédiates, mais un message circonstancié a certainement été transmis au visiteur. Et le président russe a eu l’occasion de se faire une idée plus précise, des intentions immédiates de son « partenaire-adversaire ».