Loin de faire baisser la tension entre la Russie et l’Occident, la conférence vidéo entre les présidents russe et américain et surtout les commentaires qui l’ont accompagné, du côté des Etats-Unis et de l’Otan, l’ont au contraire fait monter.

Côté américain, on continue à menacer la Russie des pires sanctions que l’on puisse imaginer. Une liste de ces sanctions a même commencé à circuler, mais les observateurs des relations internationales n’en avaient pas besoin, les options sont connues. Ce qui l’est moins, c’est jusqu’où les hommes politiques et les médias américains sont prêts à aller. On notera tout de même que Joseph Biden semble vouloir baisser un peu le ton, puisqu’il a supprimé du projet de budget militaire 2022, avant de le signer, une clause prévoyant de nouvelles sanctions automatiques contre la Russie.

Tout ceci confirme ce que l’on savait déjà : les Occidentaux ne sont pas prêts à se battre pour l’Ukraine. Ce pays n’est qu’un outil qui doit servir à séparer l’Europe de la Russie et on continue à l’armer et à oublier les accords de Minsk, ce qui renforce la position des extrémistes ukrainiens.

Du côté russe, le problème est complexe. Il s’agit de briser l’encerclement politique et militaire.

Sur le plan militaire, les observateurs sérieux pensent que Moscou est capable de faire face aussi bien à Kiev qu’à l’Otan, ainsi qu’à tout agresseur, dans le cadre d’une confrontation conventionnelle. Washington le sait qui a décidé de porter le conflit sur le plan économique. Le « budget de guerre » de plus de 770 milliards de dollars signé hier par le président américain n’y fera rien. Le premier avantage stratégique russe est que les combats auraient lieu près de la Russie. Mais également, l’armée russe a subi une réorganisation en profondeur. Cette politique s’est traduite par un regroupement souple, sur le plan opérationnel, de formations de combat, conçues pour exploiter la puissance de frappe de l’artillerie, de l’aviation et des missiles tactiques. Quant aux armements russes, offensifs mais surtout défensifs, 70% sont constitués de matériel moderne dont certains n’ont pas d’équivalent dans le monde, pour le moment.

Si la confrontation devenait nucléaire, ce qu’à Dieu ne plaise, il n’y aurait ni vainqueur ni vaincu mais destruction totale.

Donc, ce dont nous avons besoins maintenant pour sauver la paix est que Washington trouve une porte de sortie pour sauver la face. Mais son idéologie et sa propre propagande actuelle, rendent cela très difficile. Ne comptons pas trop sur des responsables européens trop nourris de cette idéologie et qui ne veulent pas se rendre compte de ce qui est en jeu.

De son côté, la Russie semble prête à tout pour éviter d’utiliser la force militaire, mais elle pourrait ne pas avoir d’autre choix. Elle est maintenant sur ses dernières lignes de défense, sa ligne rouge, c’est sa frontière et si elle est franchie, ce sera la guerre.

En l’absence de données réelles, beaucoup de rumeurs ont couru sur la teneur de la dernière discussion téléphoniques entre les deux présidents. Aujourd’hui, beaucoup de journalistes russes écrivent que Vladimir Poutine a expliqué en détail à son homologue ce que signifierait la rupture totale des relations entre les deux pays et ce que cela couterait à l’économie américaine.

Le 31 décembre dernier, le conseiller du Kremlin, Yuri Ushakov précisait, en effet, que lors de sa discussion téléphonique avec Joseph Biden, Vladimir Poutine avait déclaré que de nouvelles sanctions ne mèneraient qu’à la rupture totale des relations entre les deux pays. La menace concerne évidemment aussi l’Union Européenne qui a, jusqu’à présent, suivi docilement les instructions de Washington. Mais, autant les Etats-Unis pourraient supporter économiquement cette rupture, autant cela poserait d’énormes problèmes à l’Union Européenne. Celle-ci importe 30% de son gaz de Russie, mais elle est aussi le premier partenaire commercial de Moscou et la Fédération de Russie est un très gros client de l’Allemagne et d’un certain nombre d’autres pays européens importants. Pour une fois, Bruxelles risque de ne pas suivre les injonctions américaines ce qui constitue un risque politique important pour Washington et donne donc beaucoup plus de poids à l’argument de Vladimir Poutine.

Mais j’espère surtout que le président russe qui semble, pour le moment, être le seul « adulte dans la pièce » a suggéré à Joseph Biden une porte de sortie qui nous évite la guerre à tous.