L’évolution du conflit en Ukraine est très significative – deux mondes s’opposent : le monde des pays souverains, porté par la Russie et celui de la globalisation, écrasé par l’Atlantisme. Si les armes grondent sur le territoire ukrainien, le conflit est bien mondial, car l’existence et la disparition de l’un de ces deux mondes est en jeu.

En lançant l’opération militaire en Ukraine, la Russie ne s’attaque pas à l’Ukraine, ni aux Ukrainiens. Les cibles sont militaires, elle ne bombarde pas les villes ni les civils, les militaires ukrainiens se rendent d’ailleurs nombreux et les autorités locales, par exemple dans la région de Kharkov, appellent désormais la population à s’entendre avec la Russie – le « nouveau pouvoir ».

On n’oubliera pas qu’avant l’entrée en jeu des forces russes, Kiev avait réactivé les combats sur la ligne de front et que les régions russes frontalières avaient été touchées. On se souviendra aussi, puisque l’Occident semble l’oublier, que pendant 8 ans la Russie a demandé à Kiev et à l’Occident l’application des Accords de Minsk, qui stipulaient que le Donbass était en Ukraine. Mais rien n’a été fait.

La réaction de l’Occident est très violente. On retiendra : 

  • le blocus financier et économique et, comme disait la Maison Blanche, la Russie est désormais un paria de la globalisation économique et financière (donc c’est bien un combat pour la globalisation qui se mène), l’Europe reconnaissant que les Européens vont devoir en payer le prix ;
  • la tentative d’isolement géographique avec la fermeture du Ciel de l’UE et d’autres pays -mais pas les USA) – même si cela joue dans les deux sens, puisque la Russie est un très grand pays et que grâce au délire covidien, les voyages étaient déjà extrêmement réduits ;
  • les sanctions politiques contre les dirigeants russes – qui bloquent le fonctionnement des organes de gouvernance globale, comme l’ONU ;
  • l’isolement de la Russie des grandes fêtes « sportives » ;
  • le blocage de la diffusion des médias russes dans ce « monde libre », etc.

Pourtant, le prix politique que va devoir payer l’Europe, pas les Etats-Unis, est très élevé. On notera à ce jour au moins : 

  • le renforcement de la présence militaire américaine en Europe  – pas en Ukraine, mais en Europe, puisque c’est bien là qu’est l’enjeu ;
  • forcer l’UE à intégrer l’Ukraine, afin de régionaliser en apparence le conflit et de laisser aux Etats-Unis le rôle du libérateur de l’Europe et du monde ;
  • livraison et achats d’armes depuis l’UE et depuis les pays européens – ce qui soulage l’OTAN, au moins formellement et doit empêcher l’Europe de reprendre ses esprits et de se rapprocher de la Russie.

L’Ukraine, dans ce combat de géants, n’est pas l’enjeu, elle a été le détonateur. Un détonateur travaillé depuis des années, qui a fini par faire exploser un système géopolitique, qui ne peut se permettre la présence d’un grand pays comme la Russie, avec ses richesses, ses traditions, sa culture. Ce qui n’est pas la première fois dans l’histoire de l’humanité. Mais aujourd’hui, le monde global ne peut être qu’unique, c’est une nouvelle forme de totalitarisme – global, cette fois, qui doit consommer la disparition de l’Europe politique.

A la fin de ce conflit, l’un des deux devra disparaître. Leur coexistence n’est plus possible.