– Bloomberg a publié cette semaine une liste de pays ayant imposé des sanctions à la Russie. Cette liste donne le nombre d’entités sanctionnées par pays. L’Union Européenne, bonne élève, est en tête de cette liste avec 490 entités, suivie par le Canada, avec 413, l’Australie, 407, la Suisse, 371, les Etats-Unis, 118, le Japon, 40 et la Grande-Bretagne, 16. Barack Obama parlait déjà, à propos de la Libye de « leading from behind », « diriger de l’arrière ».

– La Douma russe a voté une loi qui interdit la dissémination volontaire de fausses nouvelles. Après la promulgation de cette loi par Vladimir Poutine, la BBC, CNN et Bloomberg ont suspendu leurs activités en Russie. CNN a déclaré qu’elle : « cesserait d’émettre en Russie pendant que nous continuons à évaluer la situation et nos prochaines étapes ». Bloomberg, l’agence de presse fondée et détenue par le milliardaire américain Michael Bloomberg, a également déclaré qu’elle allait « suspendre temporairement le travail de ses journalistes en Russie » et a accusé Moscou de criminaliser le « reportage indépendant ». Le média basé à New York a affirmé que la répression de la désinformation rendrait « impossible la poursuite de tout semblant de journalisme normal à l’intérieur du pays. »

– Le quotidien « Vedomosti » expliquait le 28 février que les États-Unis et l’UE avaient officiellement déclaré qu’ils étaient prêts à déconnecter de SWIFT non pas le pays tout entier, mais les institutions financières qui avaient déjà fait l’objet de sanctions. Il s’agit de VTB, Otkritie FC Bank, Sovcombank, Promsvyazbank et Novikombank. Leurs actifs aux États-Unis seront gelés, tandis que les contreparties américaines auront l’interdiction de travailler avec elles. Selon Ekaterina Orlova, juriste en chef chez CM Grace Consulting, « ne pouvant pas utiliser SWIFT, les banques devront trouver des canaux de secours, par exemple, l’utilisation de banques relais (tierces) peut-être une alternative ».

– Les négociations entre la Russie et l’Ukraine ont commencé le 28 février à Gomel, en Biélorussie. Selon le conseiller du chef d’état-major du président ukrainien, Mikhaïl Podolyak, cité par le quotidien « Vedomosti », « les parties ont déterminé un certain nombre de sujets prioritaires avec certaines solutions tracées. » L’Ukraine était représentée par le chef de la faction parlementaire du parti au pouvoir David Arakhamia, le ministre de la Défense Alexey Reznikov et Mikhaïl Podolyak. La partie russe était dirigée par Vladimir Medinsky et comprenait le vice-ministre des affaires étrangères Andrey Rudenko et le vice-ministre de la défense Alexander Fomin. Lors de la deuxième réunion de négociations, ce jeudi 4 mars en Biélorussie, la Russie et l’Ukraine se sont mises d’accord sur la création de couloirs humanitaires pour l’évacuation des résidents ainsi que sur la livraison de nourriture et de produits pharmaceutiques dans les zones d’action militaire.

– La Banque centrale a préparé une instruction interdisant aux acteurs professionnels du marché de transférer les revenus des titres russes à des personnes morales et physiques étrangères à partir du 28 février. Il s’agit essentiellement d’un moratoire sur le transfert des dividendes et des revenus des obligations en dehors du pays. En outre, il y aura une interdiction de transfert de bénéfices à l’étranger par les filiales de sociétés étrangères, a déclaré une source proche du gouvernement, deux fonctionnaires fédéraux confirmant cette information. Selon l’économiste en chef de la société de conseil Macro-Advisory Vladimir Tikhomirov l’introduction de ces contre-mesures est plus une démarche politique qu’économique. Dans la structure économique de la Russie, la part des filiales étrangères dans le volume global des revenus n’est pas particulièrement importante – environ 10-15%, mais il est impossible de l’évaluer avec précision puisqu’il n’existe pas de statistiques publiées. Pourtant, le départ massif des investisseurs étrangers aurait un impact significatif sur le rouble, aussi ces mesures sont-elles avant tout destinées à protéger la monnaie russe.

– Les dirigeants européens promettent d’augmenter la pression des sanctions sur la Fédération de Russie. Washington affirme qu’en fonction de l’évolution de la crise, les sanctions pourront être renforcées ou allégées. Entre-temps, le gouvernement russe présentera bientôt un plan de soutien à l’économie russe. Selon des experts interrogés par le quotidien « Nezavisimaya Gazeta », les sanctions occidentales pourraient s’être essoufflées. Les pays de l’UE ont l’intention d’entamer une guerre économique totale contre la Fédération de Russie, a déclaré mardi le ministre français de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire. Le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré que la Russie ferait l’objet de nouvelles sanctions en raison de l’évolution de la situation en Ukraine. Le Royaume-Uni conserve des options pour renforcer les sanctions contre Sberbank, selon le Premier ministre Boris Johnson. Cependant, « il ne reste à l’Occident qu’une dernière étape, à savoir un embargo sur l’approvisionnement en ressources énergétiques russes », a déclaré au journal Anton Bykov, analyste principal chez Esperio. Mais l’Occident n’est généralement pas encore prêt pour de telles mesures contre la Russie, estime l’expert. « L’Ukraine, bien sûr, est importante, mais ni les pays européens ni les États-Unis ne sont prêts à risquer leur propre stabilité macroéconomique pour son bien », a-t-il déclaré. Dans le même temps, Artem Tuzov, directeur exécutif du département du marché des capitaux chez Univer Capital, a déclaré à « Nezavisimaya Gazeta », qu’il pense que le potentiel des sanctions ne sera « jamais épuisé ». « Le monde se dirige vers une nouvelle ère de guerre froide. La pression sur la Russie sera sans fin », a-t-il déclaré, ajoutant que le bloc de pouvoir en Asie, dirigé par la Chine, pourrait freiner la confrontation.

– Les sociétés de transport par conteneurs desservant plus d’un tiers du marché mondial ont suspendu leurs activités avec la Russie. La suspension des réservations, en particulier, a été officiellement annoncée par Maersk, Mediterranean Shipping Company et CMA CGM. Selon les analystes interrogés par le quotidien « Kommersant », le départ d’acteurs aussi importants (avec une part de marché mondiale combinée de 46,9 %) et profondément intégrés dans la logistique russe était inattendu, tout le monde espérait que les acteurs des marchés concurrentiels tenteraient de maintenir leurs positions aussi longtemps que possible dans les conditions des sanctions. La décision de Maersk pourrait perturber toutes les chaînes d’approvisionnement dans lesquelles la société est impliquée. La compagnie chinoise COSCO, qui fait également partie des cinq premiers acteurs du marché, n’a suspendu sa communication qu’avec l’Ukraine.

– Le ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a déclaré le 28 février que, conformément à la convention de Montreux qui régit le trafic maritime dans la mer Noire, la Turquie a averti tous les pays qu’elle n’autoriserait pas les navires de guerre des puissances non riveraines de la mer Noire à entrer dans la mer Noire en raison de la situation en Ukraine. Les experts questionnés par le quotidien « Vedomosti » ont indiqué que les cargos au départ et à destination des ports russes de la mer Noire ne seront pas affectés par la décision de la Turquie. Le chercheur de l’Institut d’études orientales de l’Académie des sciences de Russie Amur Gadzhiev estime que la décision de la Turquie est logique, étant donné que le pays est membre de l’OTAN, partenaire de l’Union européenne et d’un certain nombre d’États européens individuels.

– Interrogée par le quotidien « Izvestia », l’ancienne ministre autrichienne des Affaires étrangères Karin Kneissl a indiqué, qu’à son avis, les pays européens avaient manqué d’ingéniosité diplomatique lors des négociations avec la Russie. « Je me souviens des dernières visites de plusieurs chefs de gouvernement et ministres des Affaires étrangères européens en Russie. D’après mes observations, il s’agissait plus d’activisme que de véritable diplomatie. Les mêmes positions étaient répétées continuellement. Personne ne répondait aux questions et n’abordait les préoccupations de l’autre partie. Ce n’est pas de la diplomatie. Se contenter de répéter de vieilles déclarations ne mène nulle part, il faut être créatif et apporter de nouvelles idées ». Madame Keissl a souligné que depuis 2007, après le discours du président russe Vladimir Poutine à Munich, ce que Moscou attendait et exigeait était parfaitement clair. « Tout le monde parlait d’une architecture de sécurité européenne commune, et Vladimir Poutine a ensuite affirmé haut et fort qu’elle n’existait pas. Un tel état de fait est dû au fait que rien n’a été fait dans ce sens. Et c’est regrettable. Les cartes étaient sur la table, pour ainsi dire, mais rien ne s’est produit ».

– Le président Vladimir Poutine a rencontré cette semaine le président de l’Union russe des industriels et des entrepreneurs (RSPP) Alexandre Shokhin. Des entretiens ont ensuite eu lieu entre le premier vice-premier ministre Andrey Belousov et le bureau du conseil de la RSPP. Selon le quotidien « Kommersant », les dirigeants russes ont recueilli des questionnaires auprès des plus grandes entreprises sur leur état et les risques liés aux sanctions. En outre, l’interaction entre l’État et les entreprises sera institutionnalisée. En échange d’analyses et de données sur les marchés et les perspectives, les grandes entreprises se voient promettre des certitudes en termes d’actions gouvernementales ainsi que le développement rapide de mécanismes de soutien. Jusqu’à présent, les autorités s’étaient concentrées sur le soutien aux institutions financières. Désormais, l’interaction entre le gouvernement et les grandes entreprises sera permanente. Andrey Belousov a en particulier indiqué, qu’une loi sur la restructuration des prêts bancaires pour les grandes et les petites entreprises était en cours d’élaboration, que la politique réglementaire serait ajustée, tandis que la liquidité accessible des banques et la mise en œuvre stable des opérations économiques extérieures seraient assurées.

– Plusieurs des plus grands détaillants du monde, dont IKEA, Mango, et H&M Group, ont suspendu leurs activités en Russie au même moment. Selon le quotidien « Kommersant », cela pourrait entraîner des pertes importantes pour les chaînes de magasins et la fermeture de 40 à 50% des magasins des centres commerciaux. Les propriétaires de ces centres chercheront à trouver de nouveaux locataires parmi les détaillants russes, chinois et turcs, mais il est peu probable que cela se produise immédiatement. Mikhail Burmistrov, directeur général d’Infoline-Analytics doute que de nombreuses chaînes internationales aient l’intention de quitter définitivement la Russie. « Actuellement, elles sont guidées par l’opinion publique à l’étranger, qui les incite à s’opposer ainsi aux actions militaires », pense-t-il. Il n’exclut pas leur réouverture si la phase active de l’opération militaire est terminée d’ici la fin mars.

– L’Europe et l’Ukraine connaissent le plus grand déplacement simultané de résidents. Les Ukrainiens quittent leur pays au rythme d’un million par semaine. Les experts occidentaux s’attendent à ce qu’au moins 4 millions d’Ukrainiens arrivent dans l’UE, tandis que certains prévoient jusqu’à 7 millions d’arrivées. Pour l’Union Européenne, cela signifie non seulement des dépenses sociales supplémentaires, mais aussi un afflux important de main-d’œuvre. Au cours de la dernière décennie, l’Europe a déjà rencontré plusieurs vagues de réfugiés non adaptés en termes de langue, de culture, d’éducation, de valeurs, de mode de vie, ce qui a provoqué de graves problèmes économiques et sociaux, a déclaré Olga Belenkaya, responsable de l’analyse macroéconomique chez Finam, questionnée par le quotidien « Nezavisimaya Gazeta ». « La nécessité d’accueillir des millions de migrants peut avoir un impact négatif sur l’économie européenne et les finances publiques, surtout si l’on tient compte de la croissance significative de la dette publique et du déficit budgétaire des pays de l’UE pendant la pandémie », a-t-elle expliqué.

– Les voitures, les produits électroniques et les appareils électroménagers sud-coréens continueront d’être livrés en Russie, a déclaré le ministère sud-coréen du commerce, de l’industrie et de l’énergie. Mais, de grands producteurs de logiciels tels que SAP et Oracle ont annoncé qu’ils suspendaient leurs activités en Russie. Selon les experts interrogés par le quotidien « Rossiyskaya Gazeta », c’est le meilleur moment pour remplacer les importations. « Parmi les utilisateurs de produits SAP et Oracle en Russie, on trouve le secteur public, les banques, les entreprises. « Ces entreprises qui risquent de quitter le marché russe priveront les consommateurs de la possibilité d’obtenir de nouveaux logiciels, pourraient créer des problèmes de mise à jour des programmes déjà installés et d’obtention d’une assistance technique. En outre, les risques dans la sphère de la protection des données et des infrastructures critiques pourraient augmenter », explique Renat Lashin, directeur exécutif d’Otechestvenny Soft. Si les entreprises de taille moyenne ont une expérience réussie du passage à des solutions nationales telles que PostgreSQL et 1С, les grands clients peuvent rencontrer des problèmes. Cependant, selon Renat Lashin, le passage aux logiciels nationaux est tout à fait faisable, même dans les grandes entreprises. « Depuis 2014, nous avons accumulé une vaste expérience de passages réussis aux solutions russes », a-t-il affirmé.